FDE: la couverture lâche

Pierre LAURENT, analyste chez Euroland Corporate
14 octobre 2026

Dans le petit univers des producteurs d’énergie bas carbone cotés, La Française de l’Énergie (FDE) offre cette rentrée un paradoxe cruel : celui d’un groupe dont les actifs n’ont jamais aussi bien tourné, mais qu’un accident de salle de marché menace de faire dérailler.

Sur le plan opérationnel, la trajectoire reste solide. Le chiffre d’affaires de l’exercice 2026, clos fin juin, s’établit à 29,1 M€, en léger repli de 4%, dans un environnement de prix moins porteur. Surtout, la convention Gaz de Mines signée en janvier avec l’État commence à porter ses fruits. Elle ouvre l’accès à 18 ouvrages supplémentaires dans le bassin minier du Nord, en plus des 4 déjà exploités. La production a démarré sur deux unités à Angres, Rouvignies doit suivre, et 16 unités acquises en début d’année viennent s’ajouter aux 15 déjà installées, toutes adossées à l’obligation d’achat EDF. En Norvège, l’usine de Romerike, déficitaire avant sa reprise, est désormais rentable et devrait générer plus de 5 M€ de revenus annuels.

Le problème vient d’ailleurs : une sur-couverture du portefeuille gaz, c’est-à-dire des volumes vendus à terme au-delà de la production. L’erreur a été prise à revers par la flambée du TTF, qui cotait environ 31 €/MWh fin février et a dépassé 74 €/MWh début septembre sous l’effet des tensions au Moyen-Orient.

Au 30 septembre, les pertes réalisées atteignaient 7,6 M€, contre 3,8 M€ fin juin, et la perte latente 25,8 M€. La société négocie avec la contrepartie concernée. Ces pertes pèsent sur un bilan déjà tendu par plus de 65 M€ d’investissements sur l’exercice.

Le management a dégainé un plan complet en réponse. Il comprend des cessions (activité solaire, terrain industriel, actif norvégien), des réductions de coûts, une tranche additionnelle de Green Bond de 10 M€ souscrite par Edmond de Rothschild AM, un audit externe et l’arrivée de trois administrateurs indépendants. Les objectifs stratégiques sont toutefois rééchelonnés : un nouveau plan à horizon FY2032 sera présenté d’ici l’AG du 10 décembre.

Le marché, lui, n’a pas attendu. Après deux séances de baisse à -14 % puis -9,5 % en juillet, le titre a encore dévissé de près de 19 %, à moins de 15 €, soit une division par deux depuis juin. Les résultats annuels du 20 octobre diront si FDE peut absorber le choc seule, ou si ses actionnaires historiques devront remettre la main à la poche.


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