En soixante ans à la tête de Berkshire Hathaway, Warren Buffett n’a versé qu’un seul dividende. C’était en 1967, dix cents par action, et il en plaisante encore : il devait se trouver aux toilettes au moment de la décision. Voilà donc le plus célèbre investisseur de l’histoire, celui qui a bâti l’une des plus formidables machines à créer de la valeur du siècle, qui n’a jamais voulu rendre un centime à ses actionnaires — tout en remplissant son propre portefeuille de Coca-Cola, l’un des payeurs de dividendes les plus réguliers du monde.

Le paradoxe mérite qu’on s’y arrête. Car peu de sujets divisent autant la planète financière. Pour des générations d’épargnants français, le dividende est la récompense tangible de la patience : le coupon d’Air Liquide, le rendement de TotalEnergies, le versement trimestriel qui matérialise la propriété. Pour toute une école d’investisseurs, à l’inverse, le dividende est presque suspect : une entreprise qui rend l’argent serait une entreprise qui ne sait plus quoi en faire.

Alors, qui a raison ? Le dividende est-il la preuve d’une santé insolente, ou la confession élégante d’un avenir rétréci ? La réponse, comme souvent en finance, ne tient ni dans le montant ni dans le rendement. Elle tient dans une question que trop peu d’investisseurs se posent : que fait l’entreprise de l’argent qu’elle ne distribue pas ?

1.  Le dividende, langage de la confiance

Commençons par ce que le dividende a d’irremplaçable : c’est du cash. On peut discuter un résultat net, retraiter un EBITDA, embellir une communication financière. On ne maquille pas un virement bancaire. Dans un monde où la comptabilité laisse des marges d’interprétation, le dividende est l’une des rares preuves de vie incontestables : pour le verser, encore faut-il que l’argent existe.

La recherche académique a formalisé cette intuition dès les années 1950. John Lintner, professeur à Harvard, a montré que les dirigeants lissent leurs dividendes dans le temps et ne les réduisent qu’en tout dernier recours, tant la sanction boursière d’une coupe est violente. C’est précisément ce qui rend le dividende crédible : parce qu’il est coûteux à maintenir et humiliant à couper, il constitue un engagement sur les flux futurs. Les financiers parlent de « théorie du signal » : en versant, le management dit quelque chose qu’un communiqué de presse ne pourra jamais dire.

Le dividende discipline aussi. Michael Jensen l’a théorisé en 1986 : le cash qui dort dans une entreprise finit rarement bien. Il finance des acquisitions de prestige, des diversifications hasardeuses, des sièges sociaux somptuaires — ce que les économistes appellent les coûts d’agence. Rendre l’argent aux actionnaires, c’est retirer aux dirigeants la tentation de le dépenser mal. Le dividende n’est pas seulement un flux : c’est un garde-fou.

Les marchés ont d’ailleurs leur aristocratie : Coca-Cola augmente son dividende depuis plus de soixante ans consécutifs, L’Oréal le fait croître avec une régularité de métronome, Air Liquide a bâti l’une des bases d’actionnaires individuels les plus fidèles d’Europe sur la constance de sa politique de distribution. Chez ces entreprises, le dividende n’avoue aucune faiblesse : il déborde d’une rente que même un réinvestissement ambitieux ne parvient pas à absorber en totalité.

2.  Ce que le dividende avoue

Et pourtant. Chaque euro distribué est un euro que l'entreprise renonce à réinvestir. Là réside l'aveu. Une société capable de faire fructifier son capital à 20 % par an détruit de la valeur en le rendant à des actionnaires qui le replaceront, en moyenne, à 7 ou 8 %. Buffett en a fait une règle simple : une entreprise n'est fondée à retenir un dollar de profit que si ce dollar crée au moins un dollar de valeur boursière. Sinon, qu'elle le rende. Le dividende n'est légitime que par défaut d'une meilleure idée.

C'est pourquoi l'initiation d'un dividende est si souvent lue comme un tournant. Lorsque Microsoft annonce son tout premier versement, en janvier 2003, Wall Street y voit la fin officielle de l'hypercroissance. Amazon n'a jamais versé un centime en trente ans de cotation ; Alphabet et Meta ne s'y sont résolus qu'en 2024, du bout des lèvres. Le message des géants de la croissance a toujours été le même : notre meilleur placement, c'est nous.

L'aveu devient inquiétant lorsque le rendement grimpe trop haut. Un rendement de dividende est une fraction : le dividende au numérateur, le cours au dénominateur. Un rendement de 8 ou 9 % est rarement un cadeau ; c'est le plus souvent un dénominateur qui s'est effondré. Les telecoms européens l'ont démontré pendant deux décennies : des rendements somptueux adossés à des cours en érosion continue, pour un rendement total médiocre, voire négatif. Les banques d'avant 2008 offraient les plus beaux coupons de la cote ; ils se sont évaporés en quelques semaines. C'est le piège à rendement, le yield trap : le dividende le plus dangereux est celui qu'on verse pour retenir l'actionnaire, non pour le récompenser.

3.  Le faux débat : ce qui compte n’est pas le versement, c’est le reste

Dès 1961, Merton Miller et Franco Modigliani, futurs prix Nobel, ont posé le principe : la politique de dividende, en elle-même, ne crée ni ne détruit de valeur. Ce qui fait la valeur d'une entreprise, c'est le rendement de ses actifs, pas la façon dont elle découpe son cash. Verser ou retenir revient à couper une pizza en six ou en huit parts : cela ne la rend pas plus grande.

La vraie question est donc ailleurs : que rapporte le capital que l'entreprise conserve ? D'où une grille de lecture simple, en croisant le taux de distribution et le ROIC — la rentabilité des capitaux réinvestis. En haut à gauche, les machines à composer, qui retiennent tout parce que chaque euro retenu vaut plus d'un euro : Berkshire, Amazon, longtemps Alphabet. En haut à droite, les vaches à lait disciplinées, dont la rente déborde les besoins : L'Oréal, Air Liquide, Coca-Cola, Visa. En bas à droite, les pièges à rendement, qui distribuent généreusement faute de mieux. En bas à gauche, le pire des mondes : le capital gardé et mal employé.

Un même dividende peut donc tout dire et son contraire. Versé par L'Oréal, il signe l'opulence d'un modèle qui génère plus de cash qu'il ne peut en déployer. Versé par un opérateur télécom surendetté, il ressemble à une excuse en forme de coupon. La force ou la faiblesse ne sont pas dans le chèque : elles sont dans ce qu'il reste après le chèque.

4.  Le malentendu français : le dividende n’est pas un revenu, c’est un rendement

Reste un point que le débat idéologique fait trop souvent oublier : à l’échelle d’un indice et d’une vie d’épargnant, les dividendes sont une composante massive de la performance. Le CAC 40 en offre la démonstration la plus spectaculaire. Mesuré en prix — comme il s’affiche chaque soir à la télévision —, l’indice a mis près d’un quart de siècle à dépasser durablement son pic de l’an 2000. Dividendes réinvestis, le même indice a environ triplé sur la période. Toute la différence tient à ces coupons que l’indice phare ignore et que le temps transforme en capital.

Mais attention au glissement : dire que les dividendes réinvestis font la performance de long terme ne revient pas à dire qu’il faut acheter les actions au plus fort rendement. C’est même souvent l’inverse. Le dividende crée de la valeur quand il est réinvesti et quand il provient d’une rente solide ; il en détruit quand il sert d’alibi à l’immobilisme ou quand il rémunère la patience d’actionnaires embarqués sur un navire qui prend l’eau.

Ni récompense, ni promesse : un aveu

Le dividende est-il un signe de force ou un aveu de faiblesse ? Les deux, et c’est précisément ce qui le rend si instructif. Il est un signe de force quand il déborde d’une forteresse — quand l’entreprise gagne plus qu’elle ne peut raisonnablement réinvestir et préfère la lucidité à la démesure. Il est un aveu de faiblesse quand il masque une érosion, achète une fidélité, ou dispense le management de répondre à la seule question qui vaille : pourquoi le marché ne croit-il plus à votre avenir ?

Pour l’investisseur particulier, la leçon tient en un renversement de perspective. Devant une action à dividende, la bonne question n’est pas « combien verse-t-elle ? » mais « que fait-elle de ce qu’elle garde ? ». Un rendement de 3 % adossé à un capital réinvesti à 15 % vaut infiniment mieux qu’un rendement de 8 % adossé à un capital qui se délite. Le coupon se voit ; la rentabilité du capital retenu, elle, se cherche — et c’est elle qui fait les fortunes.


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Mint, l'électron gratuit de la cote parisienne

Mint coche aujourd'hui une case rare sur Euronext Growth : celle d'un fournisseur d'électricité verte dont la trésorerie nette (33,9 M€ à fin 2025) dépasse la capitalisation boursière (environ 30 M€). Soit une valeur d'entreprise négative. Dit autrement, le marché valorise négativement des actifs opérationnels qui ont généré 84,7 M€ de chiffre d'affaires en 2025 (+17,2%) et une marge d'EBITDA retraitée supérieure à 5%. 

Cette anomalie tient pour l'essentiel à des résultats historiquement fluctuants, au gré des cycles énergétiques et des effets comptables hérités de la crise de 2022, qui ont brouillé la lecture de la société. Or ce facteur de décote est précisément en train de s'estomper, au moment où la société aborde l'ère post-ARENH avec un pivot BtoB qui change la nature de son profil de revenus, et une optionnalité M&A que le cours actuel offre gratuitement.

Un pivot BtoB qui transforme le profil de la société

Fournisseur digital asset-light né du pivot de l'ex-Budget Telecom vers l'énergie en 2017, Mint s'appuie sur un socle BtoC éprouvé : plus de 90 000 compteurs actifs (contre 57 000 fin 2023), une offre verte la moins chère du marché, un coût d'acquisition en baisse et un service client internalisé. 

Mais le véritable moteur est désormais le BtoB, quasi inexistant il y a deux ans : 440 GWh sous contrats pluriannuels, plus de 370 contrats signés en 2025 et 160 GWh d'engagements de livraison pour 2026 (soit un quadruplement des volumes livrés en un an) dont un contrat structurant de 50 GWh/an avec le Groupe Riccobono, qui illustre la montée en gamme vers les ETI. Le statut de Responsable d'Équilibre et les différents PPA signés complètent un dispositif d'approvisionnement désintermédié, qui est un avantage structurel. 

À plus long terme, Mint entend par ailleurs utiliser la fourniture comme point d'entrée vers une plateforme de services énergétiques (pilotage multi-sites, effacement, solaire), qui offrirait des revenus plus récurrents et moins exposés à la seule compétition tarifaire.

Normalisation des comptes et optionnalité M&A

Avec le bruit comptable désormais derrière elle (impacts ARENH, CoRDiS), Mint devrait retrouver un P&L lisible, permettant d'appréhender enfin la rentabilité normalisée d'un modèle aux fondamentaux solides : marché adressable en croissance structurelle (+40% de consommation électrique d'ici 2035 selon la PPE 3), BFR négatif et bilan sans beaucoup d'équivalents dans l'univers small cap. 

À ce socle s'ajoute un levier que le marché ignore jusqu'à présent : la consolidation. Le secteur s'est concentré d'une quarantaine d'acteurs à 23 en sept ans. Dans ce paysage, Mint occupe une position gagnante : celle du consolidateur naturel, fort de ses 34 M€ de trésorerie et d'un track record déjà établi avec Planète Oui (120 000 clients acquis en 2022). 


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💡 À retenir cette semaine

Les grandes valeurs françaises ont fait preuve de résistance cette semaine, avec un CAC 40 à +0,1%, tandis que les petites et moyennes capitalisations ont nettement sous-performé à -2,0%. Les marchés américains ont également marqué le pas, avec le S&P 500 cédant -3,2% et le Nasdaq à -5,7%. 

TOP valeurs de la semaine


🕹️ Lexibook +36,2%

Doodle SAS, actionnaire de contrôle de Lexibook, a racheté le bloc de 8,9% détenu par Moneta Asset Management et porte sa participation à 87,7% du capital. Dans la foulée, une offre publique d'achat simplifiée à 8 € par action a été annoncée, représentant une prime de près de 38% sur le dernier cours avant l'opération. Le titre s'est logiquement aligné sur le prix proposé. Un retrait de la cote pourrait désormais être envisagé.

🥃 Rémy Cointreau +16,2%

Les résultats annuels publiés le 4 juin sont ressortis légèrement au-dessus des attentes, avec un résultat opérationnel courant de 165,4 M€ contre 163 M€ attendus par le consensus. Surtout, le groupe vise un retour à la croissance organique dès l'exercice 2026-2027 et a dévoilé son plan stratégique « RC Forward », qui ambitionne de générer 100 M€ supplémentaires de résultat opérationnel d'ici 2028-2029. Le marché retrouve un peu d'optimisme sur le dossier. 

📺 Métropole Télévision +12,4%

Le dossier consolidation refait surface. Selon Le Parisien, TF1 et CMA CGM étudieraient un scénario de reprise des actifs de M6, relançant les spéculations sur l'avenir du groupe. Malgré les contraintes réglementaires liées aux fréquences TNT, le marché se remet à spéculer sur une opération stratégique.

FLOP valeurs de la semaine

🤖 X-Fab -27,5%

Après une hausse parabolique, le fondeur belge paie les excès de son récent rallye boursier. Le titre avait flambé fin mai sur l'engouement autour des thématiques IA et photonique, sans véritable changement fondamental. Les prises de bénéfices se sont accélérées cette semaine alors que les investisseurs reviennent à une lecture plus prudente des perspectives du secteur. 

🧠Soitec -24,4%

La consolidation se poursuit pour l'une des stars boursières du début d'année. Malgré des perspectives de reprise dans l'IA et la photonique, les résultats publiés fin mai ont rappelé que le groupe reste confronté à une forte baisse d'activité dans ses marchés historiques. Après plusieurs mois d'euphorie, les investisseurs s'interrogent désormais sur la valorisation. Le titre subit ainsi un important mouvement de prise de bénéfices.

🌞 Riber -18,7%

Même dynamique que sur l'ensemble du segment photonique. Après une envolée spectaculaire ces derniers mois, le manque de nouveaux catalyseurs pousse les investisseurs à sécuriser leurs gains. La faible liquidité du titre amplifie le mouvement de baisse. Malgré cette correction, la performance depuis le début de l'année reste largement positive (+249%).


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Pendant qu'on suit les annonces de Mistral et les milliards promis dans les data centers, le marché de la souveraineté numérique se structure surtout par la réglementation. La contrainte légale crée la demande, et la demande est supérieure à l'offre qualifiée.

Le 3 juin 2026, la Commission européenne a publié sa proposition de Cloud and AI Development Act (CADA), qui vise à au moins tripler la capacité des data centers de l'UE en cinq à sept ans et instaure quatre niveaux de souveraineté pour les achats cloud du secteur public. Le texte arrive dans un paysage où AWS, Microsoft Azure et Google Cloud détiennent environ 70 % du marché européen des infrastructures cloud, tandis que les fournisseurs européens sont passés d'environ 25 % de part de marché en 2017 à environ 15 % en 2025. La trajectoire est claire : sans levier réglementaire, l'écart se creuse encore.

L’IaaS souverain stricto sensu (calcul + stockage qualifiés souverains, hors SaaS et services managés) atteindrait 80,4 Md$ en 2026 (+35,6% Gartner), dont 12,6 Md$ en Europe, 16,4 Md$ en Amérique du Nord et 47,4 Md$ en Chine. À comparer aux 21,4 Md€ du cloud français en 2025 (+19% IDC) : le souverain reste marginal mais c’est le segment le plus dynamique. L’Europe dépasserait l’Amérique du Nord en 2027 (23,1 Md$).

Le CADA redessine la carte

La souveraineté numérique n’est pas un segment mais une architecture en strates, où chaque couche possède son propre cadre réglementaire.

Au-dessus des infrastructures physiques, l'IaaS (Infrastructure as a Service), c'est-à-dire la couche d'hébergement et de calcul qui constitue le socle technique du cloud. C'est ici que se joue la bataille de la souveraineté. La qualification SecNumCloud impose plus de 360 critères de conformité, et depuis la doctrine « Cloud au Centre » de 2023, elle est devenue obligatoire pour héberger les données sensibles des administrations françaises. En 2026, neuf prestataires sont qualifiés, douze candidatures sont en cours. Le ticket d'entrée est tel qu'il crée une rente pour les acteurs déjà en place. OVHcloud reste le seul pure player coté en Europe sur ce créneau

Deuxième étage, le SaaS et la collaboration souveraine, terrain de prédilection de la commande publique. La DINUM déploie progressivement La Suite Numérique aux 2,5 millions d'agents publics, avec un objectif d'effectivité à 2027. Microsoft a répliqué en février 2026 avec Microsoft 365 Local Frontier France, opéré par Bleu, coentreprise détenue à 100% par Capgemini et Orange. Microsoft n'est que fournisseur technologique sous licence, Bleu opère seule ses data centers en France et garde les clés de chiffrement. C'est ce qui permet en théorie d'échapper au Cloud Act, cette loi américaine de 2018 qui autorise les autorités américaines à exiger d'une entreprise relevant du droit américain qu'elle leur communique des données qu'elle détient, où qu'elles soient stockées dans le monde. Une logique similaire vaut pour S3NS, filiale de Thales adossée à Google Cloud, qui a décroché la qualification SecNumCloud 3.2 fin 2025.

Ce modèle hybride a toutefois une limite désormais claire, et c'est l'apport majeur du CADA. Le règlement définit quatre niveaux d'assurance, du plus simple (hébergement dans l'UE, accessible aux hyperscalers américains) au plus exigeant. Le niveau 4, réservé aux données les plus sensibles (défense, santé, fonctions régaliennes), n'est ouvert qu'aux fournisseurs sous contrôle européen maîtrisant l'intégralité de leur chaîne d'approvisionnement, ce qui exclut les partenariats technologiques avec un acteur non européen. Bleu et S3NS peuvent donc prospérer jusqu'au niveau 3, mais le sommet de l'édifice reste réservé aux pure players européens.

Pourquoi le moment réglementaire change la donne

Trois textes se télescopent au niveau européen et créent un effet de cliquet difficile à inverser. Le premier, c'est le CADA évoqué plus haut, porté par la Commission européenne. Le deuxième texte, c'est la directive européenne NIS2, qui étend les obligations de cybersécurité bien au-delà de ces opérateurs critiques, à des milliers d'entreprises de taille moyenne dans des secteurs jugés essentiels. Le troisième, c'est le règlement européen DORA, qui applique une logique équivalente au secteur financier, en visant spécifiquement les prestataires informatiques dont dépendent les banques et les assureurs. 

Le point commun de ces trois textes : ils s'imposent à tous les États membres et harmonisent par le haut les exigences de souveraineté et de cybersécurité, ce qui élargit mécaniquement le marché adressable des acteurs qualifiés.

À cela s'ajoute un signal politique fort : la déclaration conjointe ANSSI/BSI de mars 2026, dans laquelle les autorités de cybersécurité française et allemande s'accordent sur des critères communs de souveraineté cloud. Cet alignement entre les deux plus grandes économies de l'UE pourrait débloquer les négociations sur EUCS, le futur schéma européen de qualification cloud, jusqu'ici paralysé par les divergences nationales.

Pour les acteurs cotés qualifiés, c'est mécanique : la demande est obligatoire, l'offre est plafonnée par le rythme des qualifications, et les prix portent une prime de 20 à 50% selon les services. La rente n'est pas garantie à vie (EUCS pourrait, à terme, élargir le pool de prestataires éligibles), mais sur l'horizon 2026-2028, l'asymétrie offre/demande joue en faveur des acteurs déjà qualifiés.


Dans notre Question Corporate du 7 avril 2026 consacrée au projet d’introduction en bourse de SpaceX, nous constations que 2026 pourrait devenir « l’année du retour des giga-IPO ». La réalité dépasse désormais nos prévisions : à quelques semaines d’intervalle, ce ne sont pas une, mais potentiellement trois opérations hors normes qui s’apprêtent à converger vers Wall Street. Mais le marché aura-t-il les moyens de toutes les financer ?

Le coup d’envoi sera donné le 12 juin avec l’introduction de SpaceX, qui viserait une levée d’environ 80 milliards de dollars pour une valorisation pouvant approcher les 1.750 milliards. Mais le plus spectaculaire reste peut-être à venir : les deux champions américains de l’intelligence artificielle, Anthropic et OpenAI, préparent eux aussi leur cotation. Anthropic vient d’ailleurs de prendre les devants en déposant de façon confidentielle son projet de prospectus auprès du régulateur américain (SEC).

Près de 300 milliards à lever en quelques mois

Les ordres de grandeur repris dans Les Echos du 21 mai 2026 donnent le vertige :

Mises bout à bout, ces opérations représenteraient près de 300 milliards de dollars d’argent frais à drainer sur les marchés primaires en l’espace de quelques mois. L’engouement des investisseurs a beau paraître sans limite, l’épargne réellement mobilisable, elle, a une limite. Lorsque trop d’émetteurs se pressent au même moment, ce n’est plus seulement la solidité des dossiers qui départage : c’est l’ordre dans lequel ils se présentent.

La « Prime » au premier entrant

La mécanique est implacable : sur un marché dont la liquidité n’est pas extensible à l’infini, celui qui se cote en premier capte l’épargne disponible aux meilleures conditions de valorisation. Ceux qui suivent se partagent ce qu’il reste, à des prix nécessairement moins flatteurs.

L’histoire boursière l’a maintes fois illustré. Introduite à la fin des années 1990, peu avant l’éclatement de la bulle internet, Amazon a vu son cours s’effondrer ; mais le capital levé au bon moment lui a donné les munitions pour traverser la tempête, là où nombre de ses rivaux, restés à l’écart de la cote, n’y ont pas survécu.

Pour OpenAI comme pour Anthropic, l’enjeu dépasse donc la simple question d’image : il devient quasi existentiel. Les tours de table privés, aussi colossaux soient-ils, atteignent leurs limites face à des besoins de financement abyssaux — puissance de calcul, recherche, infrastructures. Le calendrier de l’introduction n’est plus un point de logistique : c’est une décision stratégique de tout premier ordre.

Jusqu’où ira l’engouement pour ces méga-opérations ?

Ces dossiers n’en restent pas moins atypiques : des sociétés encore déficitaires, mais affichant des trajectoires de croissance jamais observées à cette échelle. Anthropic dit viser un bond de 9 à 30 milliards de dollars de revenus récurrents annuels en l’espace d’un an ; OpenAI aurait déjà franchi les 25 milliards. Rarement des entreprises aussi peu rentables auront cherché à lever autant.

La première opération à se lancer jouera donc un rôle de baromètre grandeur nature : elle dira, en conditions réelles, jusqu’où les investisseurs sont prêts à suivre. Et gare aux effets de bord : les valeurs technologiques déjà cotées — l’édition logicielle, chahutée depuis le début de l’année, comme les semi-conducteurs — pourraient faire les frais de cet effet d’éviction, les capitaux se redéployant vers les nouvelles vedettes.

Une vieille leçon, à mille milliards près

Au fond, cet emballement rappelle une vérité aussi ancienne que la Bourse elle-même, et que nous ne cessons de rappeler à nos émetteurs, quelle que soit leur taille : la fenêtre de tir n’est jamais infinie, et le plus séduisant des equity story ne remplacera jamais une préparation irréprochable ni un sens aigu du timing. Que l’opération pèse cinq millions ou 1.750 milliards, la règle ne varie pas.

Dans cette course inédite, le vainqueur ne sera pas forcément le plus gros, ni même le plus prometteur — mais celui qui aura su se présenter au bon moment


EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 39 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.

💡 À retenir cette semaine

Les grandes valeurs françaises ont légèrement reculé, avec un CAC 40 à -0,3%, tandis que les petites et moyennes capitalisations ont nettement sous-performé à -3,3%. À l’inverse, les marchés américains ont poursuivi leur progression, avec le S&P 500 à +1,2% et le Nasdaq à +2,3%.

TOP valeurs de la semaine


☁️ OVHcloud +20,7 % 

La grande gagnante du momentum souveraineté. Le Tech Sovereignty Package dévoilé par la Commission européenne le 27 mai, qui restreint le cloud US pour les données publiques sensibles, propulse le titre. LightOn profite du même thème avec son offre SaaS souveraine et son contrat avec Infocom'94 pour les collectivités d'Île‑de‑France.

🤖 2CRSI +13,4 %

LE phénomène boursier français de 2026. Fabricant de serveurs GPU/IA, le cours est passé d'un plus bas autour de 5 € à plus de 58 € en quelques mois. Carnet de commandes impressionnant : plus de 100 M$ signés à New York en 2025, environ 290 M€ en septembre 2025, 140 M€ au Japon livrables d'ici fin juin, et un projet en Malaisie. Pure player européen de l'infrastructure IA.

🏷️ VusionGroup +9,4 %

Bond de +9 % le 1er juin à l'ouverture, plus forte hausse du SBF 120, à 146 €. Le déclencheur : un broker a relevé sa recommandation de "neutre" à "surperformance", avec un objectif à 180 €. Le leader mondial des étiquettes électroniques connectées reste sur un YTD lourdement négatif (~ -30%), mais le contrat Walmart Mexico signé fin mars (potentiel de plusieurs centaines de M€ dès 2027) donne du potentiel pour que l'action puissse reprendre ses droits.

FLOP valeurs de la semaine

💊 Abivax ‑44,9 %

LE flop de la semaine : près de 5 Md€ effacés. Les données Phase 3 ABTECT du 2 juin pour l'obéfazimod dans la colite ulcéreuse atteignent le critère principal FDA mais signalent plusieurs cas de cancer dans le bras. La NDA est prévue au T4 2026 : le marché redoute une restriction de dosage voire un encadré de sécurité, qui amputerait le potentiel commercial. Un broker a coupé son objectif de cours d'environ 44 %.

🎮 Nacon ‑9,1 %

L'éditeur de jeux vidéo s'enfonce. Placé en redressement judiciaire en février 2026, Nacon a reporté ses comptes annuels du 1er juin au 20 juillet, dans le cadre d'une procédure de conciliation ouverte sur la maison mère Bigben. Le groupe a annoncé de lourdes provisions à venir (dépréciations de goodwill, jeux abandonnés) qui pèseront sur l'exercice 2025/2026. Plan de restructuration en cours, dette à renégocier, visibilité quasi nulle.

♻️ Carbios ‑8,4 %

Changement de direction et incertitude. Vincent Kamel cède les rênes à Benoît Grenot (ex‑Saint‑Gobain et Baikowski) au 1er juin. Le nouveau DG hérite du projet d'usine de Longlaville (230 M€), dont le financement doit être finalisé fin T3 2026 et la production débuter mi‑2028. Le marché s'inquiète : au moins 70 % de la capacité doit être sécurisée par des contrats avant le démarrage. Pression aussi sur le plan de restructuration en cours.


"La présente newsletter a été préparée par EuroLand Corporate indépendamment des sociétés mentionnées et est diffusée à titre purement informatif. 
Cette newsletter ne constitue ni ne fait partie d'aucune offre de cession ou de souscription de titres ni d'aucune invitation à une offre d'achat ou de souscription de titres. Ni la présente newsletter, ni une quelconque partie de cette newsletter, ne constitue le fondement d'un quelconque contrat ou engagement, et ne doit être utilisé à l'appui d'un tel contrat ou engagement ou constituer une incitation pour conclure un tel contrat ou engagement. 
Toutes opinions, prévisions, projections et/ou estimations éventuellement formulées dans ce document sont entièrement celles d'EuroLand Corporate et sont données dans le cadre de ses activités usuelles de recherche et ne doivent pas être considérées comme ayant été autorisées ou approuvées par toute autre personne. 
Toutes opinions, prévisions, projections et/ou estimations éventuellement contenues dans cette newsletter reflètent le jugement d'EuroLand Corporate à la date à laquelle elle est publiée, et il ne peut être garanti que les résultats ou évènements futurs soient en ligne avec ces opinions, prévisions, projections et/ou estimations. Ces opinions, prévisions, projections et/ou estimations peuvent faire l'objet de modifications par la suite sans préavis ni notification, leur exactitude n'est pas garantie et elles peuvent être incomplètes ou synthétisées. Ce document peut donc ne pas contenir toutes les informations relatives à la Société. 
EuroLand Corporate attire l'attention du lecteur sur le fait que dans le respect de la réglementation en vigueur, il peut arriver que ses dirigeants ou salariés possèdent à titre personnel des valeurs mobilières ou des instruments financiers susceptibles de donner accès aux valeurs mobilières émises par la Société, sans que ce fait soit de nature à remettre en cause l'indépendance d'EuroLand Corporate dans le cadre de l'établissement de cette newsletter. 
Tout investisseur doit se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la Société, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière. 
EuroLand Corporate n'a pas vérifié de manière indépendante les informations fournies dans cette newsletter. A ce titre, aucune déclaration ou garantie, implicite ou explicite, n'est donnée quant à la sincérité, l'exactitude, l'exhaustivité ou la véracité des informations, opinions, prévisions, projections et/ou estimations contenues dans la présente newsletter. EuroLand Corporate, ni aucun de ses membres, dirigeants, employés ou conseillers, ni toute autre personne n’accepte d’être tenu d’une quelconque responsabilité (en raison d’une négligence ou autrement) pour tout préjudice de quelque nature que ce soit qui résulterait de l'utilisation de la présente newsletter, de son contenu, de son exactitude, de toute omission dans la présente newsletter, ou encore lié d'une quelconque manière à la présente newsletter.
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Ce document ne peut être diffusé auprès de personnes soumises à certaines restrictions. Ainsi, en particulier, au Royaume-Uni, ce document s'adresse uniquement aux personnes qui (i) sont des professionnels en matière d'investissements au sens de l'article 19(5) du Financial Services and Markets Act 2000 (Financial Promotion) Order 2005 (tel qu'actuellement en vigueur, ci-après le « Financial Promotion Order »), (ii) sont visées à l'article 49(2) (a) à (d) (« high net worth companies, unincorporated associations etc. ») du Financial Promotion Order, (iii) sont en dehors du Royaume-Uni, ou (iv) sont des personnes à qui une invitation ou une incitation à s'engager dans des activités d'investissement (au sens de la section 21 du Financial Services and Markets Act 2000) dans le cadre de l'émission ou de la cession de toutes valeurs mobilières peut être légalement communiquée, directement ou indirectement (toutes ces personnes étant dénommées ensemble, les « Personnes Habilitées »). Ce document s'adresse uniquement aux Personnes Habilitées et ne peut être utilisé par aucune personne autre qu'une Personne Habilitée. Toute personne autre qu’une Personne Habilitée doit s’abstenir d’utiliser ou de se fonder sur le présent document et les informations qu’il contient. 
Ni ce document ni aucune copie de celui-ci ne peut être transmis ou distribué aux Etats-Unis d’Amérique, ou être distribués, directement ou indirectement, aux Etats-Unis d’Amérique. Tout manquement à cette restriction peut constituer une violation de la règlementation boursière des Etats-Unis d’Amérique.Ni le présent document ni aucune copie de celui-ci ne peut être transmis ou distribué au Canada, en Australie, ou au Japon. La distribution du présent document dans d’autres juridictions peut constituer une violation des dispositions légales et règlementaires en vigueur. Les personnes entrant en possession de ce document doivent s’informer et se conformer à ces lois et règlements. En acceptant de recevoir cette note de recherche, vous acceptez d’être lié par les restrictions visées ci-dessus."

À l’approche de la saison des assemblées générales, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a récemment rappelé l’entrée en vigueur de plusieurs évolutions réglementaires issues du décret n°2026-94 du 13 février 2026. Ces nouvelles dispositions, applicables aux sociétés cotées sur un marché réglementé ou un système multilatéral de négociation comme Euronext Growth, visent à moderniser les modalités d’organisation des assemblées générales et à adapter les pratiques de communication aux nouveaux usages numériques.

Une nouvelle « record date » fixée à J-5

La principale évolution concerne la date d’enregistrement des actionnaires, plus communément appelée « record date ».

Jusqu'à présent, seuls les investisseurs détenant leurs titres au deuxième jour ouvré précédant l’assemblée générale pouvaient participer au vote. Désormais, cette date est avancée au cinquième jour ouvré précédant l’assemblée.

L’objectif est double : renforcer la sécurité opérationnelle du processus de vote et laisser davantage de temps aux différents intermédiaires financiers pour traiter les informations relatives aux droits de vote.

Cette modification impacte également les actionnaires souhaitant inscrire un point ou un projet de résolution à l’ordre du jour. Ceux-ci devront désormais justifier de leur détention du nombre de titres requis à cette nouvelle échéance de J-5.

Une dématérialisation accrue des documents préparatoires

Depuis le 16 février 2026, les sociétés sont dispensées d’envoyer individuellement certains documents préparatoires à l’assemblée générale lorsque ceux-ci sont librement accessibles sur leur site internet.

Concrètement, les annexes jointes aux formulaires de vote par correspondance ainsi que les documents dont la communication est demandée par les actionnaires n’ont plus vocation à être systématiquement adressés par voie postale dès lors qu’ils sont disponibles en ligne.

Cette mesure s’inscrit dans une tendance de fond observée depuis plusieurs années : les investisseurs consultent désormais majoritairement les informations relatives aux assemblées générales directement sur les sites internet des émetteurs.

Pour les sociétés, cette évolution représente un levier de réduction des coûts administratifs et d’impression avec une diffusion plus rapide et plus large de l’information.

Vers une communication électronique par défaut pour les actionnaires au nominatif

A compter des assemblées convoquées à partir du 1er juillet 2026, les sociétés pourront transmettre les convocations et la documentation préparatoire par voie électronique aux actionnaires détenant leurs titres au nominatif, sans avoir à recueillir préalablement leur consentement.

Cette mesure marque une rupture avec le régime précédent qui reposait sur une démarche d’adhésion volontaire des actionnaires.

Pour les émetteurs disposant d’une base importante d’actionnaires individuels au nominatif, les gains potentiels sont considérables, tant en matière de coûts d’envoi que de rapidité de communication.

Un droit d’opposition préservé

Pendant une période de deux ans à compter du 16 février 2026, les actionnaires déjà inscrits au nominatif à cette date pourront demander à continuer de recevoir les convocations et documents préparatoires par courrier postal.

Cette demande devra être formulée selon des modalités précises et dans des délais strictement encadrés. Une fois exercée, elle s’appliquera à l’ensemble des assemblées générales futures.

Une évolution qui dépasse le simple cadre réglementaire

Au-delà des ajustements techniques, ces nouvelles dispositions traduisent une évolution plus profonde de la relation entre les sociétés cotées et leurs actionnaires.

La digitalisation des communications, la simplification des formalités administratives et l’anticipation des opérations de vote répondent à un objectif commun : rendre le dialogue actionnarial plus fluide, plus efficace et plus accessible.

Dans un contexte où les sociétés cherchent à renforcer l’engagement de leurs actionnaires individuels, ces évolutions constituent également une opportunité de repenser les pratiques de communication financière autour des assemblées générales.

Plus que jamais, le site internet de l’émetteur devient ainsi le point central de l’information actionnariale et un outil stratégique au service de la participation des investisseurs à la vie de l’entreprise.


EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 39 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.

Wendel, du blason industriel à la plateforme d'asset management

Wendel coche aujourd'hui une case rare sur la place parisienne : celle d'une holding tricentenaire en pleine mue vers un modèle d'asset manager alternatif, avec une décote sur ANR de 50,8% qui apparaît excessive au regard du nouveau profil du groupe. Depuis 2023, le groupe a enchaîné trois acquisitions structurantes (IK Partners, Monroe Capital, Committed Advisors) pour bâtir une plateforme de gestion pour compte de tiers qui pèse désormais près de 50 Mds€ pro forma. Le marché n'a pas encore digéré le changement de nature : la décote reste sensiblement au-dessus de la moyenne de notre peer group à 39%, alors même que le modèle s'éloigne progressivement de la logique patrimoniale pure pour s'arrimer à des revenus récurrents, mieux valorisés.

Un moteur de croissance désormais double

Wendel s'organise autour de deux jambes complémentaires. D'un côté, Wendel Principal Investments (WPI), l'activité historique d'investissement sur bilan, qui regroupe 5,5 Mds€ d'actifs bruts avec Bureau Veritas en pivot (15% détenus en propre, soit 1,7 Mds€). De l'autre, Wendel Investment Managers (WIM), la nouvelle plateforme de gestion qui adresse plus de 1 100 clients institutionnels avec 90% de non-recouvrement entre les trois sociétés de gestion, ouvrant un potentiel important de cross-sell. Sur 2025, WIM a généré 349 M€ de management fees et 160M€ de FRE en année pleine pro forma. La trajectoire visée par le groupe est claire : 15% de croissance organique annuelle des FRE jusqu'en 2030, portée à 20% en consolidé avec la montée progressive dans les minoritaires d'IK et Monroe. À ce socle s'ajouteront environ 300 M€ de carried interest à horizon de cycle, Wendel captant 20% du carry des nouveaux millésimes.

Une décote qui ne reflète pas le nouveau profil

À 50,8% au 31 mars 2026, la décote sur ANR de Wendel reste nettement supérieure à la moyenne sectorielle (39% hors effets techniques). Cet écart traduit une prime de complexité : ANR composite mêlant actifs cotés, non cotés et désormais activités de gestion, architecture juridique multilayer, historique d'ANR jugé volatil. Mais le précédent de l'IDI, dont la décote s'est contractée de 45% en 2022 à 20% en 2025 après le rapprochement avec Omnes et des sorties à multiples élevés, montre que le marché sait sanctionner positivement ces virages quand la lisibilité s'installe. Le peer group des asset managers cotés (Blackstone, KKR, EQT, Partners Group, ICG) se traite sur des multiples de FRE compris entre 12x et 25x, là où les holdings classiques restent valorisées en décote de leur ANR. Avec un bilan solide (LTV pro forma de 7,8 %, très en dessous du seuil de confort de 20 % des agences), un dividende en hausse de 8,5 % à 5,10 € par action et un programme de rachat représentant 9 % du capital, Wendel coche les cases d’une histoire de re‑rating crédible à mesure que la plateforme de gestion d’actifs privés gagne en taille et en lisibilité. À horizon 2030, le groupe anticipe 1,6 Md€ de retour à l’actionnaire, soit plus de 35 € par action.


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💡 À retenir cette semaine

Les marchés ont évolué en ordre dispersé cette semaine, bien qu'ils soient toujours positivement orientés. Le CAC 40 prend +1,4% sur la semaine et repasse dans le vert en YTD. Le CAC Mid & Small avance de +2,9%. Côté US, le S&P gagne +1,1% et le Nasdaq +2,2%, toujours portés par la vague IA/semis.

TOP valeurs de la semaine


⛏️ Arverne Group +41%

Le spécialiste français de la géothermie et du lithium enchaîne les annonces structurantes. Le groupe vient de dévoiler un plan d'accélération industriel et commercial baptisé Dual Flow. Il s'est également entouré de conseils internationaux de référence pour accompagner le financement du projet Lithium de France, et a annoncé avec la Banque des Territoires la création de la Francilienne de Géothermie. Sur un an, le titre fait plus que doubler, pour une capitalisation boursière d'environ 420 M€. 

📶 Ekinops +26%

L'équipementier télécoms a publié fin avril un chiffre d'affaires de 27,6 M€ au 1er trimestre 2026, marquant un nouveau trimestre consécutif de croissance séquentielle (+8%). Surtout, le groupe a annoncé la semaine dernière le lancement avec Proximus Wholesale d'une offre NaaS en Belgique (Network As A Service) autour de la plateforme One. L'offre combinera la connectivité haut débit du belge aux briques logicielles d'Ekinops. Le marché apprécie, avec une capitalisation qui tangente la barre des 100 M€. 

🚗 Plastivaloire +20%

Dans un marché automobile sous très forte pression, Plastivaloire a bien publié. Chiffre d'affaires de 188,3 millions d'euros au deuxième trimestre 2025-2026, en progression de +2,5% (+4,0% à taux de change constant), avec un secteur Automobile en hausse de +9,8%. Le groupe a aussi rassuré les marchés en confirmant son objectif annuel de 690 M€ de CA, associé à une marge d'EBITDA de 9%. L'endettement reste un sujet structurel sur le titre, mais Plastivaloire débute l'année de fort belle manière. 

FLOP valeurs de la semaine

⚕️ MaaT Pharma -58%

Coup dur pour la biotech lyonnaise, qui développe une thérapie à base de microbiote intestinal (MaaT013 / Xervyteg®) contre la maladie aiguë du greffon contre l'hôte, une complication grave des greffes de moelle osseuse. La société a annoncé que le comité scientifique de l'Agence européenne du médicament (EMA) s'orientait vers un avis négatif sur sa demande d'autorisation de mise sur le marché. Le vote formel tombera néanmoins en juin, mais le signal envoyé est très négatif. La société, qui dispose d'un horizon de trésorerie étendu jusqu'en novembre 2026, va demander un réexamen du dossier par un nouveau panel d'examinateurs.

🍽️ Elior -30%

La sanction de la semaine suite à une publication de résultats semestriels très compliquée. Le groupe a abaissé sa guidance 2026 : croissance organique attendue à 1-2% (contre 3-4% auparavant) et marge d'EBITA ajusté à "environ 3%" (contre 3,5-3,7%). La cause : décalage de deux contrats majeurs en Île-de-France, accélération de l'inflation et contentieux tarifaire avec un opérateur ferroviaire italien (25 M€ provisionnés). Pire, le free cash-flow s'élève à seulement 9 M€ contre 205 M€ l'an passé.

🧬 Adocia -4%

Une autre biotech lyonnaise, cette fois-ci spécialisée dans le diabète et l'obésité, continue de souffrir de ses résultats annuels 2025, publiés le 21 avril. Le chiffre d'affaires s'est effondré à 1,5 M€ (contre 9,3 M€ en 2024) et la perte opérationnelle s'est creusée à -15,8 M€ (contre -7,4 M€ un an plus tôt). La trésorerie continue d'être consommée, obligeant la société à mettre en place une convention d'avance en compte courant avec Vester Finance, remboursable en actions nouvelles. Une opération dilutive, qui sécurise la trésorerie jusqu'au début du T2 2027, mais qui pèse sur le titre.


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EuroLand Corporate attire l'attention du lecteur sur le fait que dans le respect de la réglementation en vigueur, il peut arriver que ses dirigeants ou salariés possèdent à titre personnel des valeurs mobilières ou des instruments financiers susceptibles de donner accès aux valeurs mobilières émises par la Société, sans que ce fait soit de nature à remettre en cause l'indépendance d'EuroLand Corporate dans le cadre de l'établissement de cette newsletter. 
Tout investisseur doit se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la Société, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière. 
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Ni ce document ni aucune copie de celui-ci ne peut être transmis ou distribué aux Etats-Unis d’Amérique, ou être distribués, directement ou indirectement, aux Etats-Unis d’Amérique. Tout manquement à cette restriction peut constituer une violation de la règlementation boursière des Etats-Unis d’Amérique.Ni le présent document ni aucune copie de celui-ci ne peut être transmis ou distribué au Canada, en Australie, ou au Japon. La distribution du présent document dans d’autres juridictions peut constituer une violation des dispositions légales et règlementaires en vigueur. Les personnes entrant en possession de ce document doivent s’informer et se conformer à ces lois et règlements. En acceptant de recevoir cette note de recherche, vous acceptez d’être lié par les restrictions visées ci-dessus."

L'Europe doit refaire son réseau électrique à un rythme jamais vu depuis l'après-guerre. Selon le think thank Ember, près de 120 GW de capacités renouvelables en projet dans différents pays européens sont menacés par des contraintes liées aux réseaux électriques. Un petit nombre d'acteurs cotés concentrent la capacité technique pour y répondre et les marchés ont commencé à le pricer fortement.

Pourquoi maintenant ?

Trois forces convergent et créent un appel d’air sans précédent sur l’infrastructure électrique européenne.

D’abord, les interconnexions transfrontalières. Les projets HVDC longue distance : NeuConnect entre l'Allemagne et le Royaume-Uni, Celtic Interconnector entre la France et l'Irlande, Great Sea Interconnector entre la Grèce et Chypre. Des projets qui se chiffrent à plusieurs milliards d'euros et qui ne sont qu'une fraction du pipeline ENTSO-E

L'éolien offshore ensuite. Les objectifs combinés de l'Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et du Danemark dépassent les 150 GW à horizon 2050, contre une trentaine aujourd'hui. Chaque gigawatt installé en mer exige des centaines de kilomètres de câbles sous-marins haute tension pour le raccordement et l'export à terre.

L'explosion des charges IA enfin. Un campus hyperscale absorbe désormais 500 MW à 1 GW, soit l'équivalent d'une ville moyenne. Le raccordement très haute tension (THT) dédié devient lui-même un projet d'infrastructure majeur.

Résultat : les opérateurs réseau européens (RTE, 50Hertz, Amprion, TenneT, Elia) ont publié des plans d'investissement chiffrés en centaines de milliards d'euros sur la décennie. Les contrats commencent à pleuvoir : NKT et Prysmian ont sécurisé conjointement 4,6 Md€ auprès de 50Hertz, et RTE a contracté pour près d'1 Md€ de câbles souterrains sur 5 200 km jusqu'en 2028.

Un oligopole, pas un marché

La caractéristique structurante de ce thème est la concentration extrême de l'offre. Sur les câbles sous-marins HVDC à 525 kV (très haute tension), segment le plus profitable, trois Européens : Prysmian, Nexans, NKT, captent l'essentiel de la valeur, face à une concurrence asiatique encore limitée (Sumitomo, LS Cable…). À leurs côtés, Cenergy Holdings (via sa filiale Hellenic Cables) joue le rôle de quatrième européen crédible, encore plus petit mais positionné sur les mêmes appels d'offres.

Les barrières à l'entrée sont massives : usines à tour de coulée verticale (300-500 M€ et prend 4-5 ans à qualifier), navires câbliers rares (chaque CLV se compte en années de carnet), qualifications opérateurs qui prennent une décennie. Prysmian a annoncé 2 Md $ d'investissements de capacité d'ici 2027, Nexans construit un navire câblier à plus de 205 M USD, NKT déploie plus de 1 Md USD entre 2023 et 2026 sur la haute tension. Tous ajoutent de la capacité, aucun ne suffit à absorber la demande.

Sur les accessoires HVDC (joints, terminaisons jusqu'à 525 kV), composants critiques sans lesquels un câble ne vaut rien, le même phénomène se retrouve. Pfisterer Holding y occupe une position de spécialiste indépendant, face à quelques intégrés (NKT en interne, Hitachi Energy).

Ce que le marché en pense déjà

Les performances boursières témoignent d'une prise de conscience récente et brutale.

Et la même histoire vue côté valorisation : les multiples se sont re-ratés à grande vitesse.

À 14x l'EBITDA et 26x les bénéfices, on est très au-dessus des multiples historiques de l'équipement électrique industriel, traditionnellement compris entre 7x et 10x l'EBITDA. Le marché a clairement basculé d'une lecture cyclique à une lecture structurelle de croissance. 

Au-delà du bruit boursier, l'électrification européenne marque un changement de paradigme. Le réseau électrique cesse d'être une infrastructure mature et statique pour redevenir le chantier industriel central de la décennie.Reste l'éternel risque d'exécution : un super-cycle d'infrastructure ne se transforme en cash-flow que si les calendriers tiennent.


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