L’image est devenue un classique du capitalisme contemporain. Celle du dirigeant d’une société cotée, les yeux rivés sur son écran, attendant avec une anxiété mêlée de fatalisme la réaction du marché à la publication de ses résultats trimestriels. Dans cette arène où la performance se découpe en séquences de quatre-vingt-dix jours, une question fondamentale, presque existentielle, s’impose. Le temps du marché est-il encore compatible avec le temps de l’industrie ?

En 2015, Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, théorisait la « Tragédie de l’Horizon ». Il y décrivait l’incapacité structurelle des marchés financiers à intégrer des risques et des opportunités dont les effets dépassent le cycle conjoncturel. Dix ans plus tard, ce diagnostic n’a jamais été aussi brûlant. À l’heure où les entreprises doivent piloter des transitions technologiques, industrielles et écologiques qui s’inscrivent sur des décennies, l’architecture même de nos marchés semble les enfermer dans une forme de myopie institutionnelle.

Pourtant, la transparence n’est pas l’ennemie de la vision. Comme le soulignait Hayek, la diffusion de l’information est une condition d’efficacité des marchés. Mais son rythme et sa nature déterminent la qualité de l’investissement. À force de privilégier la fréquence au détriment de la pertinence, ne risquons-nous pas de transformer la Bourse, formidable outil d’allocation du capital, en simple caisse de résonance des réactions immédiates ?

1. La dictature du trimestre ou le triomphe du bruit sur le signal

La pratique de l’exercice de la publication trimestrielle (qui n’est plus obligatoire depuis 2015) repose sur un postulat implicite selon lequel plus l’information circule vite, plus le marché est efficient.

Or, en économie comme ailleurs, l’excès de données produit souvent du bruit plutôt que du sens.

Publier tous les quatre-vingt-dix jours expose l’entreprise à une hypersensibilité des analystes et des algorithmes à la moindre variation. Pour le dirigeant, la tentation devient alors forte de piloter l’entreprise par le rétroviseur. C’est le piège bien connu du court-termisme. On repousse un investissement en recherche, on ajuste un budget de formation, on ralentit un projet industriel, non pour améliorer la stratégie mais pour réussir le trimestre.

On préserve ainsi le cours de bourse d’aujourd’hui en hypothéquant la valeur de demain. La destruction cesse d’être créatrice. Elle devient comptable.

2. L’asymétrie d’information ou les limites d’une transparence permanente

On croit souvent que la transparence absolue sécurise l'investisseur. C'est oublier que la stratégie d'entreprise nécessite une part de secret et de temps long pour porter ses fruits. Le dirigeant possède une connaissance tacite du terrain que le marché ne peut pas immédiatement traiter.

En forçant une communication trop fréquente, on oblige le management à justifier des étapes intermédiaires qui n’ont aucun sens stratégique isolément. Le marché finit par valoriser la régularité du parcours plutôt que la pertinence de la destination. Cette pression induit une « rationalité défensive » : on préfère ne pas se tromper à court terme plutôt que d'avoir raison à long terme.

La transparence absolue est souvent présentée comme une garantie pour l’investisseur. C’est oublier qu’une stratégie ne se construit ni en temps réel ni sous observation constante.

3. Euronext Growth ou l’architecture du temps juste

Le modèle d’Euronext Growth introduit une temporalité plus alignée avec la réalité des PME et des entreprises en croissance en ne rendant obligatoire qu’un reporting semestriel.

Cette respiration de six mois n’est pas un relâchement de discipline, bien au contraire :

Redonner du souffle au capitalisme de projet

Le véritable moteur de l’innovation réside dans la stabilité des cadres qui la financent.

Si le marché devient lui-même une source d’instabilité par son exigence de vitesse, il cesse d’être un outil au service de l’économie réelle pour devenir une contrainte qui la déforme.

Réhabiliter la durée ne signifie pas renoncer à la transparence. Cela revient à réconcilier l’information avec le sens.

Le succès d’Euronext Growth montre qu’une alternative existe. Il s’agit de passer d’une logique de météo permanente à celle d’une carte de navigation.

Car, en définitive, l’intelligence du marché ne se mesure pas à sa rapidité de réaction mais à sa capacité à discerner, dans le bruit du présent, les succès de demain.

EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 39 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.

Après le constat dressé dans notre question Corporate de début février 2026 PME et IPO en France : l’impossible réconciliation ? sur la quasi-disparition des IPO de PME en 2025, les premiers chiffres de 2026 apportent un souffle d’optimisme mesuré.

Selon un article des Échos du 18 février 2026, les petites capitalisations européennes affichent un rebond et commencent à surperformer les grandes valeurs. Cette dynamique pourrait enfin ouvrir une fenêtre de tir pour les PME et ETI françaises cotées sur Euronext Growth.

Un retournement de tendance clair depuis janvier

L’indice MSCI Europe Small Cap progresse de 5 % depuis le début de l’année, contre 4 % pour l’indice plus large MSCI Europe. Sur l’ensemble de 2025, les small caps ont déjà fait mieux que les grandes entreprises, mettant fin à cinq années de sous-performance chronique.

Plusieurs facteurs expliquent ce redressement :

La France et l’Allemagne à la traîne, mais pas hors course

Le CAC Small ne progresse que de 1 % depuis janvier 2026, nettement moins que l’indice européen. L’incertitude politique et la contribution exceptionnelle sur les bénéfices pèsent encore sur les entreprises les plus exposées au marché français. Même constat outre-Rhin, freiné par l’exposition à la Chine.

Pour autant, ce retard relatif ne doit pas masquer l’essentiel : le mouvement de fond est bien là. Les investisseurs institutionnels interrogés par Bank Of America sont désormais un sur trois à anticiper une surperformance des small caps sur les douze prochains mois, le plus haut niveau depuis octobre 2025.

Une opportunité pour les PME cotées

Pour les sociétés déjà cotées, notamment sur Euronext Growth, ce retour en grâce des small caps est une excellente nouvelle à double titre :

Préparer l’après

Après une année 2025 qui a agi comme un puissant filtre, ne laissant passer que les profils les plus solides, 2026 pourrait marquer le début d’un véritable rebond des IPO de qualité.

Les entrepreneurs qui hésitaient encore à franchir le pas ont désormais sous les yeux la démonstration que la Bourse, quand elle est bien préparée, peut redevenir un levier stratégique puissant.

La fenêtre semble être en train de s’ouvrir. Les sociétés qui investiront dès maintenant dans une communication financière rigoureuse, une gouvernance transparente et une stratégie claire à long terme seront les mieux placées pour profiter de ce retour de confiance.

EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 39 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.

Longtemps perçu comme un marché d’introduction, Euronext Growth est devenu ces dernières années un véritable marché de destination.

Et cette montée en puissance ne repose plus uniquement sur les IPO.

Elle s’explique désormais par un mouvement structurel : le transfert de sociétés déjà cotées sur un marché réglementé vers Euronext Growth.

Le phénomène s’est progressivement accéléré :

→ 3 transferts en 2018 → 5 en 2019 → 13 en 2020 → 14 en 2021 → 6 en 2022 → 3 en 2024 → 9 en 2025

Au-delà de la statistique, ce sont surtout les profils des sociétés concernées qui traduisent un basculement stratégique. Des groupes établis comme CEGEDIM, CLARANOVA ou encore XILAM ANIMATION ont récemment engagé ce mouvement.

Le transfert n’est plus un choix défensif. Il devient un outil d’optimisation.

Un cadre mieux adapté aux PME cotées

Le marché réglementé impose des standards pensés pour des sociétés de grande capitalisation.

Pour une PME cotée, ces exigences peuvent rapidement devenir disproportionnées :

À l’inverse, Euronext Growth offre :

Les règles de franchissement de seuil y sont également simplifiées après une période transitoire de trois ans, offrant davantage de souplesse aux dirigeants et actionnaires de référence.

L’enjeu est simple : adapter le cadre réglementaire à la taille réelle de l’entreprise.

Un levier pour financer la croissance

Le transfert vers Euronext Growth facilite également les levées de fonds.

Les sociétés peuvent réaliser des augmentations de capital :

La décote autorisée en placement privé peut atteindre 20%, contre 10% sur un marché réglementé.

Dans un environnement où l’accès au financement est redevenu central, cette flexibilité constitue un avantage déterminant.

Une base investisseurs élargie

Le changement de marché permet aussi d’ouvrir l’actionnariat à de nouveaux profils.

Certaines catégories d’investisseurs — notamment les fonds fiscaux de type FCPI — ne peuvent investir que sur des marchés non réglementés.

Euronext Growth, marché régulé mais non réglementé, devient alors accessible.

De la même manière, les investisseurs particuliers recherchant des dispositifs de défiscalisation peuvent être davantage incités à participer aux opérations de financement.

Des conditions de transfert accessibles

Le transfert reste encadré, avec des critères clairs :

Un inconvénient à intégrer

Le principal arbitrage concerne la perte d’éligibilité au SRD.

L’absence de Service de Règlement Différé peut réduire la liquidité en limitant les stratégies à effet de levier.

Un élément à intégrer, mais qui ne suffit plus à contrebalancer les bénéfices structurels du transfert pour de nombreuses small et mid caps.

Une logique économique avant tout

En dessous d’environ 250 M€ de capitalisation, rester sur un marché réglementé revient souvent à supporter des contraintes conçues pour des groupes du CAC 40… sans en retirer les avantages.

Le transfert vers Euronext Growth devient alors :

→ un choix de cohérence → un outil de simplification → un levier de financement

Les décisions récentes de sociétés comme CEGEDIM, CLARANOVA ou XILAM ANIMATION, combinées à l’accélération observée en 2024 et 2025, confirment que ce mouvement est désormais structurel.

Euronext Growth n’est plus seulement un marché d’entrée. C’est devenu un marché d’équilibre pour les PME cotées.

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L’intelligence artificielle n’est plus une hypothèse lointaine dans la finance française. Elle est déjà là, discrète mais omniprésente, installée dans les coulisses du système. Pourtant, à mesure qu’elle s’impose, une question essentielle se pose. L’IA rend-elle réellement les marchés plus intelligents, au sens d’une meilleure compréhension de la valeur, du risque et du temps long, ou se contente-t-elle d’accélérer ce qui existait déjà.

À la lecture du récent rapport de l’Autorité des Marchés Financiers, la transformation est belle et bien réelle, mais silencieuse. L’IA ne bouleverse pas encore la décision économique. Elle agit ailleurs, là où le marché est le plus sensible à l’efficacité, à la réduction des frictions et à la vitesse de traitement. Plus qu’un nouveau cerveau, elle ressemble pour l’instant à un puissant accélérateur.

1. Une intelligence d’abord tournée vers la productivité

Le premier enseignement est celui de la rapidité. L’adoption de l’IA est déjà massive. Une très large majorité d’acteurs financiers l’utilisent ou s’apprêtent à le faire à très court terme, mais il faut regarder ce que recouvre réellement cet usage.

Dans la grande majorité des cas, l’IA est mobilisée pour des besoins internes. Résumer des documents, traduire, extraire des informations, automatiser des contrôles, assister les équipes. L’apport est évident. Là où le volume de données a explosé, la machine devient indispensable. Elle lit plus vite, plus large, plus longtemps que l’humain.

Mais cette intelligence est avant tout mécanique. Elle concerne la vitesse d’exécution, pas encore la profondeur du jugement. Les usages IA directement liés à la décision d’investissement restent minoritaires. Ce n’est pas un hasard. Confier à la machine la rapidité est acceptable. Lui déléguer la stratégie, beaucoup moins. La finance reste prudente. Elle utilise l’IA pour aller plus vite, pas pour penser à sa place.

2. Le paradoxe d’une accélération uniforme

Cette accélération pose cependant un problème plus subtil. En rendant les processus plus rapides et plus efficaces, l’IA risque d’appauvrir l’intelligence collective du marché. La raison est simple : une grande partie des acteurs s’appuie sur les mêmes solutions technologiques, souvent fournies par un nombre limité de prestataires.

Individuellement, ce choix est rationnel. Développer ses propres modèles coûte cher, demande des compétences rares et des infrastructures lourdes. Collectivement, il crée une forme de dépendance et surtout une homogénéisation des comportements.

Si les mêmes outils servent à analyser les données, à détecter des signaux ou à surveiller les risques, le marché réagit plus vite, mais il réagit aussi de manière plus uniforme. La diversité d’analyse, pourtant essentielle à un marché sain, tend à se réduire. L’IA amplifie ce qui fonctionne, mais elle amplifie aussi ce que tout le monde ne voit pas.

Un marché intelligent repose sur la confrontation des points de vue. Un marché ultra assisté par des outils similaires peut devenir une chambre d’écho très performante, où les erreurs se diffusent non pas lentement, mais à grande vitesse.

3. Gouverner la vitesse pour préserver l’intelligence

« Face à cette transformation, la réaction observée n’est ni la peur ni le rejet, elle est de gouvernance. Les acteurs de marché comme le régulateur partagent une conviction : L’IA ne déplace pas la responsabilité, elle ne l’automatise pas, ni ne l’efface.

Le principe de l’humain dans la boucle n’est pas un simple garde-fou éthique. C’est une nécessité économique. La machine produit des signaux, des synthèses, des alertes. L’intelligence du marché réside encore dans la capacité humaine à interpréter ces signaux, à les hiérarchiser, à les remettre dans un contexte.

L’IA redessine déjà les infrastructures invisibles de la finance. Elle rend le système plus fluide, plus rapide, parfois plus robuste. Mais elle ne remplace ni le jugement, ni la responsabilité, ni la vision de long terme. Le véritable enjeu n’est donc plus de savoir si l’IA va s’imposer. C’est de s’assurer que sa vitesse ne dépasse pas la capacité des acteurs à en maîtriser les effets.

Les marchés deviennent indéniablement plus performants. Reste à savoir s’ils deviendront plus intelligents. Pour l’instant, la machine accélère. Le pilotage, lui, reste une affaire humaine. Et c’est sans doute encore une bonne nouvelle.


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C’est un constat sans appel : l’année 2025 restera dans les annales comme une des plus mauvaise année pour le financement par la bourse des PME et ETI (cf. « Une chute vertigineuse » : pourquoi les PME boudent la Bourse | Les Echos du 27 janvier 2026).

Avec seulement 64 millions d’euros levés sur Euronext Growth dans le cadre d’IPO, il faut remonter à la crise de 2008 pour retrouver un niveau d’activité aussi faible. Pire, le marché principal Euronext n’a vu aucune IPO sur l’exercice.

Alors que la France multiplie les initiatives législatives pour renforcer son attractivité, comment expliquer que les entrepreneurs boudent à ce point la cote ?

Quand la quantité masque l’absence de levées

Au premier regard, le chiffre de 14 introductions sur Euronext Growth en 2025 pourrait sembler honorable. Mais la réalité est bien plus sombre : la dynamique n'est que partielle.

Les véritables introductions avec offre au public (IPO), celles qui témoignent de la capacité du marché à drainer de l'épargne vers l'économie réelle, se sont limitées à deux dossiers : Semco Technologies et Kaleon.

Le reste de l'activité est constitué de transferts techniques ou de cotations directes sans aucun appel de fonds. Ce phénomène s'explique par une concurrence frontale : celle du Private Equity.

Les fonds de capital-investissement disposent de liquidités abondantes et proposent des valorisations attractives, tout en épargnant aux dirigeants les contraintes (perçues comme telles) de transparence et les incertitudes de cours liées à la Bourse.

La transparence - Une barrière à l’entrée pour les PME ?

Pourquoi une PME choisirait-elle la contrainte boursière quand le financement privé lui tend les bras ? Pour certains émetteurs historiques, l’intérêt de la cotation peut devenir « limité » face au poids des démarches réglementaires qui coûtent plusieurs dizaines de milliers d'euros par an sans réel bénéfice immédiat sur le cours.

D'autres, font l'amère expérience de la volatilité des marchés. Malgré des levées de fonds réussies, elles subissent une désaffection des investisseurs, voyant leurs cours s'effondrer malgré l'atteinte de leur objectifs opérationnels, ce qui les rend encline à se retirer de la cote.

Cette « maltraitance » par le marché refroidit naturellement les candidats, d'autant que le processus d'introduction reste complexe, s'étalant sur au moins six mois avec un prospectus d'enregistrement qui ne cesse de s'épaissir malgré les diverses initiatives qui commencent à émerger.

Un paradoxe - Moins d’IPO, mais de meilleure qualité

Néanmoins, au milieu de ce sombre tableau, des signaux positifs émergent. Paradoxalement, si les IPO sont rares, elles n'ont jamais été aussi plébiscitées. L'introduction de Semco en est la preuve éclatante, avec une demande sept fois supérieure à l'offre.

La raison ? Une sélection naturelle s'est opérée. On ne confond plus, semble-t-il, la Bourse et le capital-risque. Les profils qui rejoignent Euronext Growth aujourd'hui sont plus matures, rentables et affichent une performance opérationnelle solide. Ce passage sous les fourches caudines du régulateur est vécu par des dirigeants comme un exercice de maturité imposant une clarification fine du projet à long terme.

Les résultats boursiers parlent d'eux-mêmes : sur les 24 derniers mois, les nouveaux entrants affichent une progression moyenne de 165 %. Le cas de STIF, dont le cours a bondi de plus de 700 % depuis son introduction en bourse fin 2023, démontre que la Bourse reste un accélérateur de valeur phénoménal pour les entreprises qui savent convaincre le public.

Pour les PME et ETI, la Bourse n’est pas une fin en soi, mais un levier stratégique. Une introduction bien préparée oblige à une rigueur accrue, une transparence renforcée et une clarification fine du projet à long terme. Elle offre un financement diversifié, une visibilité accrue et une crédibilité auprès des clients, partenaires et talents. Les performances récentes prouvent que les sociétés qui passent le cap peuvent créer de la valeur significative pour leurs actionnaires.

Evidemment, des freins persistent : procédures longues, coûts réglementaires, volatilité et concurrence du private equity. Pour relancer les IPO sur Euronext Growth, des mesures complémentaires sont nécessaires : simplification accrue des prospectus, incitations fiscales renforcées (PEA-PME étendu), et une communication financière plus proactive pour redonner confiance aux entrepreneurs.

Chez EuroLand Corporate, nous pensons que l'année 2025 a été celle d'une mutation profonde et nécessaire de notre marché et qu’elle a préparé le terrain pour un rebond fondé sur la qualité.

Pour les PME françaises, le message est clair : la porte de la Bourse est étroite, mais elle mène à des sommets de valorisation inaccessibles ailleurs, à condition d'y aller bien préparé.

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L’année 2025 marque un net changement sur le marché français des offres publiques.


Après plusieurs exercices très actifs, portés par des valorisations déprimées et un contexte favorable aux acquéreurs, les offres publiques d’achat (OPA) et les offres publiques de retrait (OPR) se font plus rares et moins généreuses.

Un recul marqué du nombre d’opérations

Avec 16 opérations recensées en 2025, le marché des OPA/OPR atteint son plus bas niveau depuis 2009. À titre de comparaison, la moyenne annuelle ressortait autour de 35 opérations sur les cinq années précédentes. Le recul est donc significatif, tant en volume qu’en diversité des dossiers.

Cette contraction intervient après une période de forte activité, marquée par de nombreux retraits de cote et des offres opportunistes, souvent initiées par des acteurs financiers profitant de décotes boursières importantes sur les small et mid caps françaises.

Des primes en baisse, quel que soit l’horizon observé

Au-delà du nombre, le niveau des primes proposées constitue l’autre signal fort de 2025.


Sur l’échantillon des opérations réalisées, la prime spot moyenne ressort autour de 29 %, contre environ 35 % depuis 2020. Sur une base trois mois, la prime moyenne s’établit à 40 %, contre 44 % sur la période récente.

La principale explication de cette évolution est boursière.


En 2025, les small et mid caps françaises ont connu une revalorisation significative, portée par le rebond des indices (CAC Small en hausse 55% en 2025), un environnement de taux plus lisible et un retour partiel des flux vers les valeurs domestiques.

Dans ce contexte, la décote observée sur les valeurs qui justifiait de nombreuses OPA ces dernières années s’est largement résorbée. Les multiples se sont normalisés, rendant les opérations moins attractives, en particulier pour les acquéreurs financiers à la recherche de rendements élevés.

Moins d’acquéreurs financiers et des industriels plus présents

Cette évolution se reflète dans le profil des initiateurs.
Les fonds de private equity, très actifs entre 2020 et 2023, se montrent plus sélectifs. Le coût du capital et la disparition des décotes massives limitent leur appétit pour des retraits de cote généralisés.

À l’inverse, les opérations engagées en 2025 relèvent davantage de logiques industrielles ou stratégiques. Ces opérations acceptent des primes plus importantes. L’opération du groupe Legrand sur la société Cogelec, cotée sur Euronext Growth, et celle de Educative SAS sur M2I illustrent parfaitement l’année.

Des actionnaires minoritaires plus attentifs

Autre évolution notable : l’exigence croissante des actionnaires minoritaires.
Après plusieurs années d’offres perçues comme opportunistes, les investisseurs analysent plus finement les niveaux de prix proposés, en les comparant aux cours moyens et aux trajectoires fondamentales des sociétés.

Cette vigilance accrue contribue mécaniquement à la baisse du nombre d’opérations : certaines offres potentielles ne sont tout simplement pas lancées, faute de probabilité suffisante de succès ou de soutien des minoritaires.

Et maintenant ?

Pour les mois à venir, le scénario central reste celui d’un marché des OPA plus sélectif, dépendant largement de l’évolution des valorisations boursières. Une nouvelle phase de volatilité pourrait rouvrir la fenêtre pour des offres financières, tandis que les opérations industrielles devraient se poursuivre de manière ciblée. 

A noter, l’annonce cette semaine du projet d’OPA du financier Daniel Kretinsky sur le groupe FNAC DARTY et qui offre une prime de 21,9% par rapport au dernier cours coté.

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Les Très Petites Entreprises sont souvent présentées comme la colonne vertébrale de l’économie française. En réalité, elles en sont surtout le capteur le plus sensible. Et en 2025, ce capteur s’est emballé.

L’enquête annuelle du Syndicat des Indépendants, menée auprès de 1 679 dirigeants entre le 29 décembre 2025 et le 5 janvier 2026, ne décrit pas une simple mauvaise passe conjoncturelle. Elle met en lumière une rupture profonde du modèle économique de l’indépendance. Une rupture silencieuse, diffuse, mais désormais systémique.

Le dirigeant, dernière variable d’ajustement

Premier constat, et sans doute le plus préoccupant : la survie de l’entreprise repose désormais sur la paupérisation de son dirigeant.

En 2025, le chef d’entreprise n’est plus seulement un entrepreneur. Il devient la variable d’ajustement ultime d’un système devenu intenable.

Un dirigeant sur trois se verse moins de 1 000 euros nets par mois, pour un temps de travail moyen de 50 heures hebdomadaires. Plus de 53 % vivent sous le seuil du SMIC. La promesse implicite de l’indépendance — liberté, autonomie, niveau de vie décent — ne tient plus.

Cette réalité sociale se traduit mécaniquement dans l’état d’esprit des dirigeants : 96 % expriment aujourd’hui un sentiment négatif, en hausse de 8 points sur un an. Fatigue, colère, découragement dominent. L’énergie est toujours là, mais elle est mobilisée pour tenir, plus pour vivre.

L’effet de ciseau – Quand l’activité ne couvre plus les coûts

Sur le plan économique, la photographie est tout aussi brutale.
56 % des TPE enregistrent une baisse de chiffre d’affaires, mais le vrai point de bascule se situe ailleurs : dans la disparition de la valeur ajoutée.

62 % constatent une érosion de leur marge nette, conséquence directe d’une hausse structurelle des charges (énergie, matières premières, loyers, charges sociales) que la clientèle ne peut plus absorber. L’activité existe encore, mais elle ne crée plus suffisamment de richesse pour financer son propre fonctionnement.

La trésorerie devient mécaniquement le talon d’Achille : 62 % des dirigeants déclarent des difficultés, parfois limitées, parfois critiques. Dans ce contexte, le financement bancaire n’est plus un levier mais un frein.

Près d’un quart des chefs d’entreprise renoncent par avance à solliciter un crédit, par anticipation d’un refus. Cette autocensure financière est un signal faible devenu fort : la confiance dans la capacité à investir s’érode.

L’étau administratif et sécuritaire

À ces fragilités économiques s’ajoute une pression opérationnelle croissante.

La promesse de simplification administrative reste largement théorique. 62 % des dirigeants estiment que la complexité réglementaire est un frein majeur, et près de six sur dix y consacrent plus de cinq heures par semaine.
La généralisation de la facturation électronique cristallise les tensions : 52 % la perçoivent comme une contrainte supplémentaire, anxiogène, coûteuse, et déconnectée de leurs priorités immédiates.

Parallèlement, l’insécurité s’impose comme une nouvelle charge d’exploitation.


69 % des commerçants et artisans constatent une hausse des incivilités, entraînant baisse de fréquentation, investissements de protection et parfois projets de déménagement. Le coût annuel de ces mesures oscille entre 1 000 et 6 000 euros par entreprise.
Dans ce contexte, 87 % des dirigeants déclarent ne pas se sentir soutenus par les pouvoirs publics.

2026 – Le risque d’un renoncement entrepreneurial

Les perspectives pour 2026 dessinent un scénario de repli généralisé.

82 % des TPE n’envisagent aucun recrutement, le poids des charges sociales et l’incertitude fiscale rendant toute projection hasardeuse. L’emploi local, déjà fragile, se fige.

Plus inquiétant encore, 21 % des dirigeants envisagent une cessation d’activité dès le premier trimestre 2026. Il ne s’agit pas uniquement de faillites, mais souvent de décisions rationnelles face à une équation devenue insoluble.


Pour 38 % d’entre eux, l’objectif est désormais clair : redevenir salarié, retrouver une stabilité, une protection sociale, et sortir d’une spirale d’épuisement.

Un signal faible devenu alarme

2025 n’est pas une mauvaise année de plus. C’est un point de bascule.
Les TPE continuent de travailler, mais ne vivent plus de leur travail. Elles absorbent les chocs économiques, administratifs et sociaux jusqu’à l’épuisement de leurs dirigeants.

Sans cap politique clair, sans allègement significatif des contraintes structurelles, c’est le socle même de l’économie de proximité qui risque de se fissurer durablement.

Et avec lui, une part essentielle de la vitalité économique, sociale et territoriale du pays.

EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 38 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.

C’est un texte que les praticiens du droit boursier et les dirigeants de sociétés en croissance attendaient avec impatience.

Publié au Journal officiel le 12 décembre 2025, le décret n° 2025-1198 vient mettre la dernière main à l’édifice de la loi « Attractivité » du 13 juin 2024.

Alors que la France cherche sans relâche à renforcer la compétitivité de sa place financière face à la concurrence de Londres ou de New York, ce nouveau cadre réglementaire offre-t-il enfin aux émetteurs la flexibilité et la sécurité juridique promises ?

I. Actions à droits de vote multiple : le fondateur reprend la main, sous surveillance

L’introduction des actions à droits de vote multiple a été la mesure phare de la loi Attractivité. Elle permet aux fondateurs de conserver le contrôle de leur vision stratégique lors d’une introduction en bourse, tout en ouvrant largement le capital. Le décret de décembre 2025 vient préciser les « règles du jeu » de ce privilège, notamment lors de son renouvellement.

Désormais, la transparence est le maître-mot. Les sociétés admises sur un marché réglementé ou un SMNO (comme Euronext Growth) doivent publier sur leur site internet, 21 jours avant l’assemblée générale, une information exhaustive sur ces actions à droits de vote multiple, notamment :

Surtout, le renouvellement de ces actions (initialement limitées à 10 ans) ne pourra se faire qu’au vu d’un rapport spécial des commissaires aux comptes détaillant l’incidence de ces actions sur la gouvernance et, de manière plus incisive, précisant si leur existence a influencé l’adoption des résolutions passées. C’est un garde-fou essentiel : le « super-vote » est un outil de croissance, pas un bouclier d'impunité pour le management.

II. La question de l'indemnisation lors des OPA

L'un des points de friction majeurs concernait la neutralisation de ces droits de vote multiples en cas d'offre publique (le mécanisme de Breakthrough). Le décret apporte une réponse concrète sur l’indemnisation équitable des porteurs lésés.

Si les statuts prévoient que les actions à droits de vote multiple sont neutralisés lors d'une assemblée visant à faire échouer une offre ou lors de la prise de contrôle à 75% - la décision d'adoption d'une telle clause statutaire devant d'ailleurs être notifiée à l'AMF dans un délai de 7 jours - l'initiateur de l'offre doit indemniser les titulaires de telles actions.

Le décret fixe une procédure stricte : l'offrant doit, dès le dépôt de son projet, annoncer le montant, la méthode de détermination et les modalités de versement. Les titulaires d’actions à droits de vote multiple ont alors 90 jours pour notifier leur accord ou leur désaccord.

Cette clarification est fondamentale pour la sécurité juridique des opérations de haut de bilan. Elle permet de valoriser le « prix du contrôle » de manière transparente, évitant ainsi des contestations sans fin qui pourraient paralyser le marché des fusions-acquisitions.

III. Augmentations de capital : vers une agilité inédite

Le second volet du décret concerne l'article L 22-10-52-1 du Code de commerce. La loi Attractivité permettait déjà à l'AGE de déléguer au Conseil d’administration le pouvoir de désigner les bénéficiaires d'une augmentation de capital, dans la limite de 30 % du capital social par an.

Le décret de décembre fixe désormais le curseur de détermination du prix :

Pour les PME et ETI cotées, c’est une bonne nouvelle. Auparavant, les augmentations de capital avec suppression du Droit Préférentiel de Souscription au profit de catégories de personnes étaient souvent lourdes à mettre en œuvre, notamment pour désigner des investisseurs spécifiques ce qui freinait parfois des levées de fonds critiques.

Désormais, les conseils d'administration gagnent une agilité précieuse pour saisir des opportunités de financement rapides auprès de partenaires stratégiques ou d'investisseurs institutionnels, tout en préservant un cadre de prix protecteur pour l'actionnariat existant.

Après deux exercices marqués par un net ralentissement du marché primaire, l’année 2025 a enregistré un léger retour des introductions en Bourse à l’échelle mondiale. Si le marché ne retrouve pas les niveaux observés lors du cycle 2020–2021, il affiche néanmoins un redressement.

Au niveau mondial, le nombre d’IPO réalisées en 2025 demeure relativement stable par rapport à 2024, tandis que les montants levés progressent de manière significative. Cette évolution traduit un nouvel intérêtdu marché sur des dossiers de qualité, disposant de fondamentaux solides, d’une trajectoire de croissance et d’une visibilité accrue sur la génération de cash-flow. Le marché primaire reste donc ouvert, mais dans un cadre plus exigeant pour les émetteurs.

La dynamique reste largement tirée par quelques zones géographiques clés. Les États-Unis conservent un rôle important, notamment sur des sociétés technologiques arrivées à maturité, capables de combiner croissance et rentabilité. L’Inde poursuit le développement soutenu de son marché domestique des IPO, porté par une base d’investisseurs locaux active. Enfin, l’Asie confirme sa place, avec un net regain d’activité observé à Hong Kong, favorisé par le retour de dossiers de taille significative et par un intérêt renouvelé pour les thématiques industrielles et technologiques.

À l’inverse, l’Europe affiche un bilan plus contrasté. Le nombre d’opérations reste limité et les montants levés demeurent modestes. Les introductions réalisées en 2025 se concentrent principalement sur des sociétés déjà bien identifiées par le marché, souvent accompagnées par des actionnaires de référence ou des fonds. La faiblesse persistante des volumes sur le marché secondaire et la prudence des investisseurs continuent de peser sur la capacité du marché européen à absorber un flux plus important de nouvelles cotations.

En France, cette tendance est particulièrement marquée. L’année 2025 confirme la rareté des IPO sur Euronext Paris. L’activité se caractérise davantage par des opérations de structuration de cotation – doubles cotations, admissions techniques ou transferts de marché – que par de véritables introductions accompagnées de levées de capitaux significatives. Sur Euronext Growth, quelques opérations ont été menées, mais dans des volumes limités, reflétant une approche prudente tant du côté des émetteurs que des investisseurs.

Il convient toutefois de rappeler que, malgré un nombre réduit d’opérations, le track record récent des IPO françaises est globalement positif. Plusieurs sociétés introduites en 2024 et 2025 affichent en effet des performances boursières solides depuis leur cotation. C’est notamment le cas de EXOSENSSTIFOdyssee Technologies ou encore SEMCO Technologies, dont les parcours post-introduction ont été marqués par une progression significative des cours et une bonne tenue de la liquidité. Ces trajectoires illustrent qu’une valorisation initiale raisonnable, combiné à un modèle économique lisible et à une exécution opérationnelle rigoureuse, permet au marché de créer de la valeur dans la durée pour les investisseurs.

Dans un contexte où la défiance vis-à-vis des IPO a longtemps été alimentée par des performances post-cotation décevantes, ces exemples récents contribuent à restaurer la crédibilité du marché primaire français. Ils constituent un signal important pour les mois à venir, en particulier pour les PME et ETI en croissance pour lesquelles l’accès au marché actions peut redevenir une option stratégique crédible, tant pour financer le développement que pour structurer l’actionnariat.

Pour 2026, les pipelines d’IPO se reconstituent progressivement, notamment sur des secteurs jugés stratégiques tels que l’énergie, la défense ou certaines niches industrielles. Par ailleurs, l’évolution du cadre réglementaire européen, avec la mise en œuvre progressive du Listing Act, pourrait contribuer à améliorer la fluidité et l’attractivité des marchés.

L’enseignement principal de ces dernières années reste néanmoins clair : le succès d’une IPO repose désormais sur l’équilibre entre valorisation, liquidité et performance post-introduction. Dans ce cadre, 2026 pourrait marquer la poursuite d’un redémarrage mesuré du marché primaire, potentiellement plus sain et plus durable.


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L’image du dirigeant dominant le paysage organisationnel depuis son poste de commandement, tel un stratège militaire surplombant le champ de bataille, conserve encore un certain prestige dans l’imaginaire collectif du capitalisme managérial. Pourtant, à mesure que les marchés deviennent plus volatils, les chaînes de valeur plus interconnectées et les technologies plus rapides que les plans quinquennaux, cette figure rassurante s’effrite. La centralisation décisionnelle, s’apparentant souvent à une forme de « dirigisme » d’entreprise, repose sur une hypothèse implicite mais erronée : celle selon laquelle l’information utile est accessible, homogène et mobilisable depuis un centre unique. Or, dans les faits, l’information est non seulement dispersée, mais aussi inégalement perçue, localement ancrée, parfois tacite, souvent volatile. Dès lors, la question n’est plus comment contrôler efficacement les rouages d’une organisation complexe ? Mais bien comment décider lorsque personne ne sait tout ?


La dispersion de la connaissance et les enseignements d’Hayek  


Dans les sciences économiques comme dans le management, cette interrogation renvoie aux travaux fondateurs de Friedrich Hayek. Dès 1945, dans son article séminal The Use of Knowledge in Society, l’économiste autrichien démontrait qu’aucun planificateur central — qu’il soit à la tête d’un État ou d’une multinationale — ne peut réunir et traiter l’ensemble des « connaissances particulières de temps et de lieu » détenues par des milliers d’individus. Hayek soulignait que le problème économique fondamental n’est pas un problème d’ingénierie ou de calcul, mais un problème de coordination des savoirs dispersés.Cette critique, initialement adressée à la planification socialiste et à la prétention des technocrates à « construire » la société, s’applique avec une acuité mordante à la grande entreprise moderne. Trop souvent, celle-ci reproduit en son sein les travers de l’économie administrée : bureaucratisation, allocation politique des ressources, rigidité hiérarchique et déconnexion du réel. À force de filtrer, de lisser, de formaliser l’information pour répondre aux attentes du sommet, les signaux du terrain s’éteignent, la vérité devient invisible et la décision s’élabore dans une chambre d’écho.

Selon Hayek, l’organisation efficace n’est pas celle qui centralise tout pour optimiser ex ante, mais celle qui laisse émerger l’ajustement à partir de l’intelligence distribuée. Tenter de faire remonter l’intégralité des signaux vers le centre pour traitement rationnel, c’est ignorer à la fois la déperdition de sens en cours de route et la saturation cognitive du centre. L’efficacité naît d’une architecture qui fait circuler l’information là où elle est pertinente, pas d’un modèle qui prétend tout superviser depuis un poste unique.

Figure 1 - Le paradoxe de la connaissance centrale

Coordination sans centralisation : les leviers de l’agilité

Ce déplacement de regard est décisif. Le modèle taylorien classique, fondé sur la prescription et le contrôle, trouve encore des échos dans des environnements institutionnels où la planification conserve un statut symbolique élevé… Mais dans des contextes où la vitesse, l’incertitude et l’interdépendance dominent, l’obsession du plan devient un facteur de rigidité plus qu’un gage de rigueur. La stratégie ne peut plus être conçue comme un programme figé ; elle devient un cadre évolutif, fait d’ajustements successifs et de réalignements itératifs.

L’exemple d’Intel dans les années 1980 illustre parfaitement cette dynamique. Officiellement, la stratégie de l’entreprise restait tournée vers la production de mémoires DRAM, mais sur le terrain, les équipes industrielles constataient une érosion rapide des marges et une intensification de la concurrence. Plutôt que de suivre une ligne imposée, elles commencèrent à réaffecter progressivement les capacités de production vers les microprocesseurs, plus prometteurs. Cette inflexion ne résultait pas d’une décision venue d’en haut, mais d’une série de réallocations locales fondées sur des signaux concrets : évolution des prix, tensions sur la qualité, appétence croissante des clients pour les nouvelles architectures. Ce n’est que dans un second temps que la direction reconnut la validité de ce mouvement et réaligna officiellement l’entreprise. La stratégie gagnante ne fut donc pas conçue au sommet, mais révélée par l’organisation elle-même, et consolidée ensuite.

Le rôle du dirigeant dans un ordre spontané

Ce changement de paradigme redéfinit profondément le rôle du dirigeant. Il ne s’agit plus de concevoir le système parfait en chambre, mais de bâtir une architecture robuste face à l’inconnu. Le leadership repose moins sur la prévoyance que sur la capacité à rendre l’organisation adaptable. Le dirigeant devient un architecte institutionnel : il définit les règles du jeu, les incitations, les modalités de retour d’information, les garde-fous qui permettent aux bonnes décisions d’émerger sans être décrétées.

Cette humilité stratégique reste difficile à intégrer dans les contextes imprégnés d’une tradition dirigiste, où l’autorité centrale est perçue comme garante naturelle de l’efficacité. Cette culture de la prévoyance administrée, encore très présente en Europe, nourrit l’idée que l’action collective doit être orchestrée par un centre légitime. Ce réflexe vertical, hérité d’un imaginaire politique plus que d’une logique économique, se reproduit dans les grandes entreprises, avec les mêmes effets : lenteur des ajustements, culte du plan, déconnexion des signaux du réel.

Figure 2 - Du planificateur à l’architecte institutionnel

Décider dans un monde où personne ne détient toute l’information n’est pas un paradoxe ; c’est notre condition normale. Reconnaître cette réalité ne signifie pas renoncer à décider, mais décider autrement. La véritable intelligence stratégique n’est pas concentrée ; elle est distribuée. Et l’autorité ne consiste pas à tout savoir, mais à permettre à la réalité de s’exprimer.


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