Soitec affiche désormais une performance boursière de près de ‑70 % depuis le début de l’année, une chute prolongée qui s’est accentuée après sa publication de la semaine dernière. Pourtant, l’entreprise reste exposée à des marchés adressables de premier plan. Valeur incontournable du secteur des semi‑conducteurs, elle traverse aujourd’hui une phase de correction, qui soulève des interrogations quant à la possibilité, le rythme et l’ampleur d’un redressement.
Rappel sur la société
Soitec est un acteur clé des substrats semi‑conducteurs avancés, sans équivalent technologique à ce jour. L’entreprise a su transformer un composant historiquement « commoditisé », le wafer, en un levier de performance différenciant. Soitec fabrique des wafers innovants qui permettent aux producteurs de semi-conducteurs (les fondeurs) de bénéficier des gains de performance liés à la miniaturisation des puces, sans avoir à engager d’investissements lourds (typiquement en lithographie). La société occupe une position dominante sur le marché mobile, où l’immense majorité des smartphones intègrent des modules gravées sur des wafers RF‑SOI. Par ailleurs la société inscrit dans sa roadmap un développement vers des applications liées à l’automobile et les datacenters, à travers des substrats propriétaires (SmartSiC, POI, Photonics‑SOI).
Malgré son avance technologique, le titre a subi un derating depuis 2022. Ce mouvement trouve son origine dans le surstockage lié au boom de la 5G dès 2020, amplifié par des LTAs (Long Term Agreements) signés avant le pic du cycle Covid, qui ont entraîné une accumulation forcée d’inventaires chez les fondeurs de smartphones (principal marché de Soitec). Plus récemment, les changements de gouvernance ont accentué la volatilité du titre, tandis que la publication de la semaine dernière a provoqué une chute de plus de -30 % dès le lendemain.
Résultats du T2 FY 2026
Le 19 novembre, Soitec a publié ses résultats semestriels (clos au 30 septembre 2025), accompagnés d’une guidance nettement inférieure aux attentes. Le consensus FactSet anticipait 172 M€ de chiffre d’affaires au T3 (+24 % séquentiel), alors que le management a guidé sur une croissance limitée comprise entre 5 % et 9 %. Au T2, le chiffre d’affaires s’est établi à 139 M€, légèrement au‑dessus des attentes (137 M€), en forte hausse séquentielle (+47 %) mais en recul marqué sur un an (‑36 %). La baisse du mobile (‑31 % YoY) a été partiellement compensée par une performance automobile un peu meilleure qu’anticipée, malgré un repli sévère (‑74 %).
L’unité Edge & Cloud constitue un point positif. Le segment affiche une stabilité globale (‑1 % YoY), mais hors effet de cession de l’activité Dolphin, il aurait progressé de +34 %. Cette dynamique est portée par la demande des datacenters, où les substrats Photonics‑SOI jouent un rôle clé. Ces substrats sont à la base des composants qui permettent d’intégrer optique et électronique dans un même boîtier (co‑packaged optics), réduisant les pertes et la consommation tout en augmentant vitesse et densité. En résumé, ils adressent les besoins des datacenters en haut débit et efficacité énergétique, portés par l’essor de l’IA.
Enfin, les marges : au premier semestre de l’exercice 2026, Soitec a fait preuve de résilience. La marge brute s’est établie à 25,1 %, en recul de 490 points de base sur un an mais supérieure aux 20,3 % attendus par le consensus. Cette performance a soutenu la marge EBITDA, ressortie à 34,1 %, nettement au‑dessus des 27,5 % anticipés.
Ci-dessous les tendances historiques du chiffre d'affaires par segments (en M€) :

Perspectives
Soitec maintient son plan stratégique à horizon 2030, avec une roadmap qui projette une multiplication par 2,5x de ses volumes, portée par l’adoption croissante de wafers améliorés dans le mobile et l’automobile ainsi que par l’accélération de la pénétration de l’IA via Photonics‑SOI et autres substrats optiques.
À court terme, la société reste pénalisée par les corrections d’inventaires et la cyclicité de ses marchés principaux. En attendant un retour de la demande, le management fait preuve de discipline en préservant la trésorerie et en réduisant les coûts. Dans ce contexte, la valorisation traduit ce décalage : le titre se négocie autour de 6x l’EBITDA de l’exercice fiscal en cours (clos le 31 mars) et 1,3x les ventes, des multiples nettement inférieurs à son historique.

Cette newsletter, préparée par EuroLand Corporate à titre purement informatif, ne constitue ni une offre, ni une invitation à acheter ou souscrire des titres.Les opinions et estimations qu’elle contient reflètent le jugement d’EuroLand Corporate à la date de publication et peuvent être modifiées sans préavis. Leur exactitude ou exhaustivité n’est pas garantie. EuroLand Corporate, ses dirigeants ou salariés peuvent détenir des titres de la société mentionnée, sans que cela ne remette en cause leur indépendance. Chaque investisseur doit se forger sa propre opinion sur la pertinence d’un investissement, en tenant compte de sa situation personnelle.
Spotify : la croissance au rendez-vous, mais à un prix d’exigence élevé
Spotify continue d’avancer, et vite. Mais avant même de regarder les chiffres, un élément s’impose : le titre se négocie autour de 80x les bénéfices attendus en 2025. C’est une valorisation qui ne laisse aucune place au doute. Le marché n’achète pas seulement une entreprise qui fonctionne : il achète une histoire, une marque, une première place. Et il exige que cette première place soit conservée.
Le 4 novembre dernier, Spotify a publié son T3 et a confirmé la trajectoire. La plateforme a franchi un nouveau cap : 713 millions d’utilisateurs actifs mensuels, en progression de +11% sur un an, avec une croissance visible dans toutes les régions. Parmi eux, 281 millions d’abonnés Premium, soit +12% en un an, preuve que le cœur payant du modèle reste solide et attractif.
Un modèle toujours tiré par l’abonnement
Le chiffre d’affaires s’est établit à 4,27 Md€, en croissance de +7% sur un an. À taux de change constants, la progression a atteint +12%, ce qui montre que la dynamique sous-jacente reste nettement positive malgré les effets de devise.
Le segment Premium, véritable moteur, pèse 3,83 Md€, en hausse de +9% (ou +13% hors effets de change). La plateforme a réussi donc à recruter, fidéliser et convertir, malgré une concurrence plus agressive d'Apple Music et YouTube Music.
À l’inverse, les revenus publicitaires ont reculé de -6% à 446 M€, même s’ils sont stables à taux constants. Cela confirme une tendance sectorielle : la publicité audio progresse moins vite que l’écoute audio elle-même.
Une plateforme qui est génératrice de cash
Spotify a affiché une marge opérationnelle en forte hausse à 13,6% (vs 11,4% au T3 2024) ainsi qu'une puissante génération de cash. Le free cash-flow a atteint 806 M€ sur le trimestre, soit +13% sur un an, et monte à 2,9 Md€ sur douze mois glissants. La trésorerie est désormais de 9,1 Md€, offrant au groupe une capacité d’investissement et d’acquisition stratégique toujours plus importante.
En somme, Spotify peut se permettre de continuer à pousser son avantage. Et il le fait. Par l’amélioration continue du produit, par l’intégration intelligente de recommandations dopées à l’IA, par l’expansion du champ audio (podcasts, audiobooks), et par des usages de plus en plus sociaux.
Génération de FCF cumulé depuis T4 2022

Source : Spotify Deck Q3 2025 Update
Avec une performance remarquable de +43% depuis le début de l’année et de plus de +660% sur trois ans, Spotify s’impose comme le leader incontesté du secteur. Cette progression exceptionnelle s’accompagne toutefois d’une valorisation particulièrement exigeante. Sur la base des estimations 2025, le titre se négocie à 80,7x les bénéfices et 53x l'EV/EBIT, des multiples qui traduisent des attentes de croissance élevées et une amélioration significative de la rentabilité future de la plateforme. Toutefois, la moindre déception sur la trajectoire de croissance ou sur l’amélioration des marges pourrait entraîner une correction marquée du titre, compte tenu du niveau actuel de valorisation.
Variation du cours depuis IPO

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Prodware vers une sortie de bourse orchestrée par Phast Invest
Le groupe Prodware, éditeur et intégrateur de solutions numériques pour les entreprises, s’apprête à quitter la Bourse de Paris. La semaine dernière, Phast Invest, société d’investissement contrôlée par les dirigeants fondateurs de Prodware, a annoncé le lancement d’une offre publique de retrait (OPR) suivie d’un retrait obligatoire.
L’objectif : retirer le titre des négociations sur Euronext Growth Paris.
Phast Invest détient aujourd’hui 93,16% du capital et 94,13% des droits de vote de Prodware. Cette holding, créée en 2020 par le management historique autour d’Alain Conrard (directeur général), vise à simplifier sa gouvernance et accélérer sa stratégie de croissance internationale sans les contraintes des marchés publics.
L’offre, déposée auprès de l’Autorité des marchés financiers le 24 octobre 2025, propose un prix de 28€ par action, soit une prime de 147,8% sur le dernier cours de clôture du 22 octobre, et de plus de 130% sur les moyennes des 20, 60 et 120 derniers jours de bourse. Par rapport à l’OPA de 2021 (8,80€ par action), le prix actuel représente une valorisation multipliée par 3,18.
Prodware justifie ce mouvement par une faible liquidité du titre : les échanges ne représentent qu’environ 1,2% du capital sur 120 jours, soit 20,5% du flottant, ce qui limite la pertinence des références de marché. À 28€, la société est valorisée 431,7 M€ (valeur d’entreprise) soit 8,9x l’EBIT 2024 sur une base diluée. Ce multiple de retrait semble toutefois peu généreux en comparaison d’une moyenne proche de 14x sur des transactions récentes dans le secteur ESN (SQLI, Micropole et SII).
Sur le plan financier, le groupe a publié il y a deux semaines un chiffre d’affaires semestriels en hausse de +14,9% à 362,7 M€ ainsi qu’un ROC S1 2025 de 37 M€ (+1,3% YoY) traduisant une MOC de 10,2% du CA. Le résultat net avait quant à lui diminué de -30,1%, pénalisé par un effet de base exigeant, lié à des plus-values de cession sur activités discontinuées au S1 2024.
L’OPR sera ouverte pendant dix jours de négociation et, à son issue, Phast Invest procèdera à un retrait obligatoire des actions non apportées au même prix de 28€. L’ensemble du processus, placé sous le contrôle de l’AMF, devrait conduire à la radiation définitive de Prodware, marquant la fin d’une aventure boursière entamée en 1999 et l’entrée dans une nouvelle phase de développement à capitaux familiaux et institutionnels stables.
Prodware sort ainsi par la grande porte avec une surperformance significative sur le CAC Small :
La performance de Prodware 5 ans (en bleu) vs la performance du CAC Small 5ans (en rouge)

Source : Factset / EuroLand Corporate
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La semaine dernière, HRS a publié ses résultats annuels pour le compte de l'exercice fiscal 2024/2025. Après un parcours compliqué depuis son IPO, début 2021, le point d'inflexion, tant opérationnel, financier et boursier, est peut-être atteint.
Fondée en 2004 par son dirigeant actuel, Hassen Rachedi, Hydrogen Refueling Solutions (HRS) s’impose comme l’un des principaux spécialistes européens des stations de ravitaillement en hydrogène. Fort d’une expertise initiale dans la tuyauterie industrielle, le groupe a progressivement évolué vers la conception et la fabrication d’unités complètes, maîtrisant l’ensemble de la chaîne de valeur — de la R&D à la maintenance.
Son portefeuille de produits lui permet de répondre à l’ensemble des besoins de mobilité hydrogène. Capable de produire jusqu’à 180 stations par an dans son usine, HRS détient aujourd’hui le plus grand parc de stations installées en Europe. Cette position lui confère un rôle stratégique dans la montée en puissance de la filière hydrogène, portée par les politiques publiques de décarbonation

L’exercice clos au 30 juin 2025 a été marqué par un recul prononcé du chiffre d’affaires IFRS à 11,3 M€, soit une baisse de 54 % sur un an. Cette évolution découle directement de la forte exposition à des clients en difficulté, avec des annulations et dépriorisations de commandes, notamment avec Hype (–9 M€) et pHYnix (–3,5 M€).
Malgré ce contexte défavorable, les résultats ont été légèrement supérieurs aux attentes, avec un EBITDA de -8,6 M€ (vs -8,8 M€ en 2023/2024), contre un consensus à -9,5 M€, et un résultat net de -11,7 M€. Le second semestre s’est notamment montré encourageant, HRS ayant réduit sa perte opérationnelle (EBITDA S2 à -2,1 M€ contre -6,5 M€ au S1), grâce à la mise en œuvre du plan Apollo, qui vise à abaisser le point mort de l’entreprise par une rationalisation des coûts fixes.
Le free cash-flow est de son côté ressorti à -3,4 M€, en nette amélioration par rapport à l’exercice précédent grâce à une variation de BFR positive de +14,2 M€ (dont 9,0 M€ d'apport en compte courant par le fondateur) et des CAPEX en forte baisse. La situation de trésorerie demeure ainsi sous contrôle (6,8 M€ de trésorerie brute vs 6,7 M€ en 2023/2024).
Pour l’exercice 2025/2026, la direction annonce une guidance comprise entre 25 et 35 M€ de chiffre d’affaires, soutenue par un carnet de commandes qui atteint 47,2 M€. Carnet désormais apuré des commandes de clients en difficulté. Côté rentabilité et cash, le groupe évoque un breakeven EBITDA en milieu de fourchette avec la poursuite du plan Apollo (économies de coûts estimées entre 3 M€ et 6 M€ en année pleine), ainsi qu'une visibilité financière assurée pour au moins les douze prochains mois, bien que cette dernière aura certainement besoin d'être renforcée à un moment donné.

Après un exercice de transition, HRS entame ainsi un nouveau chapitre de son histoire. Au sein d'un secteur qui continue à se chercher, mais dont les usages finaux semblent enfin se préciser et la croissance décoller dans plusieurs régions du monde (voir notre dernier point sectoriel sur le sujet), nous continuons de penser que la société grenobloise pourrait tirer son épingle du jeu du fait de son avance technologique, d'une présence internationale et d'une exécution amenée à fortement s'améliorer.
Cette newsletter, préparée par EuroLand Corporate à titre purement informatif, ne constitue ni une offre, ni une invitation à acheter ou souscrire des titres.Les opinions et estimations qu’elle contient reflètent le jugement d’EuroLand Corporate à la date de publication et peuvent être modifiées sans préavis. Leur exactitude ou exhaustivité n’est pas garantie. EuroLand Corporate, ses dirigeants ou salariés peuvent détenir des titres de la société mentionnée, sans que cela ne remette en cause leur indépendance. Chaque investisseur doit se forger sa propre opinion sur la pertinence d’un investissement, en tenant compte de sa situation personnelle.
La Commission européenne a ouvert en juillet dernier la consultation publique sur le Digital Fairness Act (DFA), un projet de loi ambitieux visant à renforcer la protection des consommateurs dans l’économie numérique. Cette initiative, dont la phase de consultation s’achèvera le 24 octobre 2025, s’inscrit dans la continuité du “Digital Fairness Fitness Check” et ambitionne de combler les lacunes du droit européen face aux nouvelles pratiques en ligne. Elle pourrait cependant marquer un tournant majeur pour l’industrie du jeu vidéo, et en particulier pour les acteurs du mobile.
Le texte du DFA cherche avant tout à encadrer les interfaces manipulatrices, les modèles de monétisation jugés addictifs et les systèmes de monnaies virtuelles considérés comme opaques. En pratique, il vise à limiter la conception d’environnements incitant à la dépense impulsive, à garantir la transparence sur la valeur réelle des achats numériques et à simplifier les conditions de résiliation des abonnements. Ces objectifs, s’ils répondent à une demande croissante de régulation des comportements abusifs en ligne, risquent néanmoins de redéfinir profondément la structure économique des jeux free-to-play, aujourd’hui dominants sur le marché mobile.
Ilkka Paananen, directeur général de Supercell, s’est exprimé sur cette initiative dans un communiqué. Selon lui, la réglementation envisagée pourrait « tuer la manière dont les jeux fonctionnent ». L’entrepreneur finlandais redoute que la Commission assimile l’usage des monnaies de jeu à des transactions financières, ce qui impliquerait un encadrement administratif complexe et lourd, éloignant le consommateur de l’expérience fluide qui fait le succès du modèle mobile. Il compare ces monnaies virtuelles à des jetons de parc d’attractions : pratiques, ludiques, et dénuées de valeur financière réelle. Les transformer en opérations juridiques encadrées reviendrait, selon lui, à « bureaucratiser le divertissement ».
Cette inquiétude se comprend aisément à la lumière des chiffres. Les achats intégrés représentent 82 Mds$ dans le monde et près de 12 Mds$ en Europe, soit la grande majorité des revenus des principaux éditeurs de jeux mobiles, selon SensorTower. Une réglementation trop rigide pourrait donc provoquer un recul du taux de conversion des joueurs et une baisse directe des marges opérationnelles, déjà sous pression dans un contexte de hausse des coûts d’acquisition.

Source : SensorTower
Les marchés financiers ont d’ailleurs commencé à intégrer ce risque. Notre indice de jeux vidéos affiche une performance flat (0%) depuis le 17/07/2025 (date d'ouverture de la consultation publique), contre +3,1% pour le Stoxx 600, d’après FactSet.
Performance indice Jeux vidéo vs Stoxx600 (17/07/25-10/10/25)

Source : Euroland Corporate, FactSet
Le Digital Fairness Act, voulu comme un instrument de justice numérique, pourrait donc devenir, pour le secteur du jeu vidéo, un test décisif entre régulation protectrice et sur-intervention étouffante. Les prochaines semaines de consultation seront déterminantes pour savoir de quel côté penchera la balance.
Selon les dernières données publiées par la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance), les ventes en ligne en France ont progressé de +7,9% au premier semestre 2025 par rapport à la même période de 2024, confirmant la solidité du secteur dans un climat économique toujours incertain. Cette hausse, légèrement inférieure à celle de l’an dernier (+9,6%), s’explique avant tout par la hausse du nombre de transactions (+11,3%), tandis que le panier moyen recule à 67 euros (-3% pour les produits et -5% pour les services), conséquence du ralentissement de l’inflation, de l’essor du marché de la seconde main et d’une recherche plus marquée de prix bas.
Le chiffre d’affaires des produits progresse de +4%, celui des services poursuit sa dynamique avec une croissance soutenue +10%, porté notamment par la reprise du voyage, de l’hébergement et du transport (+9% selon le panel iCE 100). Les grands sites suivis par ce panel enregistrent une progression de +5,3% de leurs ventes aux particuliers, malgré la baisse du panier moyen, tirée par le sport (+5,8%), l’électronique et l’électroménager (+4,5%) et la décoration (+2,2%), quand la mode (+0,1%) et la beauté (+0,6%) restent quasi stables. À l’inverse, les ventes BtoB reculent de 2,6%, dans un contexte de prudence des entreprises et de ralentissement des investissements.
Selon l’étude d’audience réalisée par Médiamétrie//NetR et la Fevad, 51 millions de Français, soit 80% de la population, ont consulté chaque mois un site du Top 20 e-commerce au deuxième trimestre 2025, un chiffre stable mais en hausse de 1,4 million sur un an. Amazon, Leboncoin et Temu composent désormais le trio de tête, devant Booking, E. Leclerc et Vinted, tandis que Shein signe la plus forte progression du trimestre (+2 millions de visiteurs uniques). Le trafic mobile domine, atteignant jusqu’à 90,6% des visiteurs pour Lidl, preuve d’une digitalisation toujours plus ancrée des usages.
Derrière ces tendances globales, la Fevad observe une évolution structurelle du marché : les consommateurs arbitrent davantage, comparent les prix et s’orientent vers des solutions plus flexibles ou responsables. Mais cette maturité du e-commerce français s’accompagne d’un nouvel enjeu : la percée fulgurante des plateformes chinoises d’utra fast fashion, emmenées par Shein et Temu (désormais tous deux dans le top 10 des sites de e-commerce les plus visités en France), dont la montée en puissance bouleverse les équilibres d’un marché autrefois dominé par les acteurs occidentaux.

Source : FEVAD, Mediamétrie//NETRatings
Après avoir conquis les écrans français à coups de prix dérisoires et de campagnes publicitaires massives, Shein et Temu suscitent autant d’achats que d’inquiétudes. Derrière leur ascension fulgurante se cachent des pratiques qui bousculent le marché et dérangent les autorités. Les accusations s’accumulent : opacité sur les chaînes d’approvisionnement, soupçons de travail forcé, pollution textile massive et manquements en matière de données personnelles. La CNIL a infligé 150 millions d’euros d’amende à Shein pour sa gestion des cookies, et la Répression des fraudes l’a sanctionné de 40 millions pour de fausses promotions. Malgré cela, la marque initie son implantation physique en france, au BHV et dans plusieurs Galeries Lafayette, provoquant la colère des commerçants et des élus parisiens. Son modèle d’ultra-fast fashion, basé sur la surproduction et les prix cassés, apparaît en contradiction avec les ambitions européennes de durabilité. Quant à Temu, il reproduit la même logique d’importation massive et de dumping tarifaire, tout en promettant un jour de “localiser” ses ventes. Pour beaucoup d’acteurs du secteur, cette offensive chinoise ne relève plus d’une simple concurrence, mais d’un déséquilibre structurel menaçant à la fois l’économie locale, l’emploi et les normes sociales européennes.
Une dynamique positive mais un ralentissement perceptible
Le bilan du SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique) confirme la vitalité du marché de la musique enregistrée en France, même si les signes d’essoufflement deviennent visibles.
Au premier semestre 2025, le chiffre d’affaires du secteur atteint 432 M€, soit une progression de +3,4% par rapport à l’année précédente. Cette croissance repose sur la répartition entre le numérique, qui représente désormais 80% du marché avec 346 M€ de revenus (+3,1%), et le physique, qui surprend positivement avec une hausse de +4,4% pour s’établir à 86 M€.
Le streaming par abonnement continue d’être la pierre angulaire du marché : il génère 271 M€, en progression de +4,9%, et pèse désormais 63% du chiffre d’affaires total. Néanmoins, le modèle freemium peine à convaincre. L’audio financé par la publicité progresse timidement de +2%, tandis que la vidéo accuse une nette baisse de -6,8%, en raison du basculement massif des usages vers les formats courts sur les réseaux sociaux.
À contre-courant, le marché physique fait preuve d’une résilience remarquable. Le vinyle enregistre une croissance de +9,4%, atteignant 45,7 M€ et dépasse pour la première fois le CD en valeur, même si ce dernier reste leader en volume de ventes. Ce phénomène illustre la capacité de l’industrie à conjuguer modernité et nostalgie, en attirant à la fois les amateurs de collections et les nouvelles générations.

Source : SNEP, Euroland Corporate
Une croissance moins soutenue
Sur les cinq dernières années, le chiffre d’affaires du secteur a progressé de +55%, soit un TCAM de +9,1%, mais la dynamique s’essouffle. En 2024, la croissance semestrielle s’élevait à +6,6%, contre seulement +3,4% cette année. Ce ralentissement tient en grande partie au ralentissement du streaming, qui reste le moteur principal mais dont la progression s'établit à +3,4%, contre +10,1% en 2024 et +10,4% en 2023. La contraction du streaming vidéo, associée à la croissance limitée des abonnements, pèse lourdement sur l’évolution du secteur.
Le marché français souffre encore d’un taux de pénétration limité des abonnements aux plateformes de streaming. Selon le SNEP, seuls 25,9% des Français étaient abonnés en 2024, un niveau bien inférieur à celui observé au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux États-Unis. Par ailleurs, la progression du nombre d’utilisateurs en France reste modeste, à +7,3% entre 2023 et 2024, contre une moyenne mondiale de +10,6%. Cette limite structurelle explique pourquoi la croissance du streaming reste contenue dans l’Hexagone, malgré un potentiel encore significatif.

Source : SNEP, Euroland Corporate
Après une année 2024 marquée par une croissance limitée des Entreprises de Services du Numérique (ESN) en France (+0,7 %), les perspectives pour 2025 se sont nettement assombries. Selon le dernier Observatoire de conjoncture publié par Numeum, le marché global du numérique devrait progresser de seulement +1,8 % cette année, contre +4,1 % fin 2024. Un coup de frein brutal qui traduit la fragilité du tissu économique français face à la conjoncture mondiale, et qui met directement sous pression les acteurs des services numériques et du conseil en technologies.
Les ESN, qui représentent près de la moitié du chiffre d’affaires du numérique national (34,5 milliards d’euros en 2024), devraient reculer de -2,1 % en 2025, tout comme le conseil en technologies (-2,5 %). Pour 32 % des entreprises interrogées, le taux d’occupation des équipes est déjà en baisse, un signe tangible du ralentissement. Ce repli intervient alors même que certaines briques technologiques demeurent dynamiques : les éditeurs et plateformes cloud affichent encore une croissance robuste (+8,2 %), portée par la migration vers le cloud (IaaS et PaaS) et la hausse des tarifs. Mais cette croissance repose davantage sur des ajustements de consommation que sur de nouveaux projets d’investissement, ce qui limite son effet d’entraînement pour le reste de l’écosystème.

Source : Numeum
L’intelligence artificielle générative illustre bien ce paradoxe. En forte progression dans l’agenda des entreprises (48 % d’entre elles déclarent travailler sur des projets liés à l’IA générative, contre 29 % fin 2023) elle peine à se transformer en véritables flux d’investissements. Deux obstacles majeurs persistent : le manque de compétences spécialisées, cité par 47 % des répondants, et la difficulté à identifier des cas d’usage à forte valeur, également mentionnée par 47 %. La France, qui ambitionne pourtant de jouer un rôle moteur en Europe dans ce domaine, voit donc son potentiel freiné par des carences structurelles.
Ce contexte dégradé se traduit aussi sur le plan social. Après une année 2023 positive, le secteur du numérique a perdu environ 7 000 postes en 2024, ramenant les effectifs à 666 000 salariés, soit le niveau de 2022. Et la tendance devrait se prolonger en 2025 : 36 % des entreprises anticipent une réduction de leurs recrutements, notamment pour les jeunes diplômés et les alternants.
Face à ces signaux, Numeum appelle à la mobilisation. Le numérique ne représente que 5,5 % du PIB français, contre 10 % aux États-Unis, et la France ne se classe qu’au 22ᵉ rang européen pour l’adoption du numérique dans les entreprises. Le syndicat insiste sur le maintien des dispositifs de soutien à l’innovation (Crédit d’Impôt Recherche, Crédit d’Impôt Innovation, statut de Jeune Entreprise Innovante) et exhorte les entreprises à continuer d’investir dans la transition numérique. Comme le résume Véronique Torner, présidente de Numeum, « le numérique est l’oracle de notre compétitivité » : un avertissement qui illustre l’urgence à réorienter les stratégies vers l’innovation et la montée en compétences.
La France bénéficie d’un mix électrique largement décarboné, avec 94 à 95 % de sa production d’électricité d’origine bas-carbone en 2024, dont 68 % nucléaire et 12 % renouvelables.
Mais au-delà de ce socle historique, les énergies renouvelables progressent finalement lentement dans l’ensemble de la consommation finale brute. Elles ont atteint seulement 23 % en 2024 (+0,6 pt vs 2023), contre un objectif affiché de 33 % d’ici 2030.

Source : Ministère de la transition écologique
Une belle progression générale, mais inégale selon les sources
Le solaire photovoltaïque continue de croître à un rythme soutenu. Selon les derniers éléments chiffrés dont nous disposons, la capacité brute installée a franchi 24,9 GW au premier trimestre 2025, en hausse de plus de 30 % sur un an.
De son côté, l'éolien a lui aussi bien progressé, avec une puissance raccordée supérieur à 23 GW au 31 mars 2025, en progression par rapport à l'année dernière, bien que cette hausse soit la plus faible depuis 2020. Cette puissance se répartit entre l'éolien terrestre (environ 23,5 GW) et l'éolien off-shore, encore embryonnaire (1,5 GW).
Pour s'aligner avec la PPE (entre 33 et 35 GW en 2030 et 40-45 GW en 2035), il sera nécessaire de maintenir un rythme de déploiement de 1,5 GW par an, ce qui correspond au rythme moyen de raccordement observé ces dernières années pour l’éolien terrestre.
Enfin, à fin 2024, la capacité de production issue de la bioénergie solide (biomasse et déchets renouvelables) atteint environ 2,3 GW installés. Concernant le biométhane injecté dans les réseaux, la capacité atteint 14,3 TWh/an début 2025, avec une production réelle de 11,6 TWh injectés en 2024, en hausse de +27 % sur un an. Cette dynamique reste encourageante, mais demeure aussi en retard par rapport aux objectifs de la PPE, qui visent 24 à 32 TWh/an de biométhane injecté en 2028, soit un doublement à horizon quatre ans.
Ainsi, malgré une forte progression en 2024 (+1,7 TWh), le rythme annuel actuel devrait être significativement accéléré pour tenir les engagements, notamment via une simplification des procédures, des incitations tarifaires (mécanismes des CPB) et une montée en puissance des projets agricoles et territoriaux déjà en file d’attente.
Le moratoire sur les EnR, un pavé inutile dans la mare ?
Face au développement de cette transition énergétique, un signal politique plutôt mauvais a été envoyé début juin, avec le dépôt d'une proposition de loi à l’Assemblée nationale visant à instaurer un moratoire sur les nouveaux projets EnR : éolien, solaire au sol, unités de méthanisation.
L’objectif affiché est de suspendre les nouvelles autorisations en attendant une refonte des règles d’implantation et d’acceptabilité. Même si le texte n’a pas été adopté, son impact indirect, est aussi direct, a été immédiat. Plusieurs développeurs ont gelé leurs projets, le climat d’investissement s’est détérioré et l’incertitude réglementaire s’est accrue. De quoi encore fragiliser la trajectoire française sur le sujet, malgré l'impératif de transition.
Le paysage du jeu vidéo 2025 continue d’évoluer, avec la Nintendo Switch 2, console lancée le 5 juin 2025 par l’entreprise japonaise Nintendo et qui vient s’ériger en digne successeur de la Switch OLED.
La Switch 2 a connu un démarrage phénoménal, avec plus de 3,5M d’unités écoulées dans le monde en seulement 4 jours. Jamais une console ne s’était autant vendue au lancement (contre environ 3M d’unités pour la PS5, et environ 1,4M d’unités pour les Xbox Series X|S). En France, le record est tout aussi impressionnant, avec 167 000 consoles vendues durant la première semaine (contre environ 107 000 unités pour la PS5 et 37 000 unités pour les Xbox Series X|S), ayant permis de générer plus de 130M € de CA avec les jeux et accessoires, dont 100M € de CA uniquement sur la console.

Source : Comptoir Hardware, EuroLand Corporate
La Nintendo Switch 2 marque un véritable saut générationnel par rapport à la Switch OLED en termes de performances. Elle propose un écran plus grand et plus fluide, une puissance graphique multipliée, 12 Go de RAM (contre 4 pour la Switch OLED), un stockage quadruplé, ainsi qu’un mode docké en 4K (une première pour Nintendo). Les nouveaux Joy-Con magnétiques, plus ergonomiques et précis, améliorent aussi nettement l’expérience de jeu. Du côté des consommateurs, les retours sont très positifs : ils saluent la fluidité de l’écran, la montée en puissance graphique et la qualité de finition générale. Quelques critiques subsistent sur l’autonomie en usage intensif, mais dans l’ensemble, la console est perçue comme une vraie réussite et une mise à niveau attendue de longue date.
Pendant ce temps, le cours de Nintendo est en constante progression depuis le début de l’année 2025, et progresse de plus de 30% grâce à l’engouement de la Switch 2 (dont 7% suite à l'annonce des résultats des précommandes). La Société envisage d’ailleurs d'en vendre 15 millions d’unités au cours de l'exercice qui se termine en mars 2026. Ainsi, Nintendo s’impose grâce à cette nouvelle console par rapport à ses principaux concurrents, Sony avec la PS5 et Microsoft avec la Xbox, et se repositionne comme « leader du segment grand public ».

Source : FactSet, EuroLand Corporate
Par ailleurs, les jeux Switch 2 marquent un tournant tarifaire pour Nintendo et pour l'industrie du jeu vidéo. Les titres first-party (développés et édités par le constructeur lui-même), comme Mario Kart World, The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom, ou encore le jeu sortant prochainement, Donkey Kong Bananza, sont désormais vendus entre 70 et 90 €, contre un plafond de 70 € sur la Switch première génération. Cette hausse, due à une puissance technique accrue et à des coûts de production de cartouches plus élevés, aurait pu être mal perçue par les consommateurs si elle n’avait pas été compensée par une stratégie de bundles attractifs.
Le bundle Mario Kart, à 499 €, a rencontré un immense succès : il aurait représenté 73 % des stocks de lancement en France, 80 % en Espagne, et une part encore plus importante dans certaines villes asiatiques comme Hong Kong. Ces bundles, également utilisés par Sony (notamment avec ses packs PS5 + Call of Duty), s’imposent désormais comme la stratégie d’entrée “clé en main” privilégiée par les constructeurs de consoles.
