Le pulse de la semaine

Le bureau de recherche d'Euroland Corporate
20 mars 2026

Le Pulse en un battement... 💢

📜 L'Allemagne se réarme

600 Md€ dans la défense + 500 Md€ d’infrastructures : les commandes affluent déjà (+7,4%). L’industrie locale en profite, même hors défense. Objectif : sortir enfin de la récession

💥 Dividende exceptionnel pour Bolloré 

1,50€ par action, soit ~34% de rendement. 4,2 Md€ redistribués après les cessions logistiques. Le marché applaudit, la holding active sa machine à cash.

💻 ESN - Tous dans le même panier ?

Aubay relève ses ambitions, Infotel reste solide mais sans élan, Sword confirme sa dynamique. Le secteur se normalise, la reprise reste progressive.

🚀 NVIDIA voit toujours plus grand et le marché des puces aussi 

Marché des puces IA estimé à plus de 1 000 Md$ d’ici 2027. L’enjeu bascule vers l’usage massif (inference), où Nvidia veut creuser l’écart.

📷 France Libre met le cap sur le grand chantier naval

Futur porte-avions nucléaire à 10 Md€, 800 entreprises mobilisées, jusqu’à 14 000 emplois. Un projet industriel autant que stratégique.

L'édito de Marc Fiorentino 📜

L'Allemagne se réarme
C'est parti.
Le plan d'investissement dans la défense de l'Allemagne commence à se déployer, avec des commandes massives et des impacts sur la production industrielle.
La relance allemande par la défense, mais aussi par l'infrastructure, va permettre à l'Allemagne de s'extirper de plusieurs années de récession.

La question qui se posait pour l'Allemagne, mais aussi pour la zone euro, était de savoir quand le plan massif de relance allemand commencerait à impacter positivement la production et la croissance allemandes.
On craignait un déploiement lent et poussif, avec des effets à partir de 2027, au mieux.

Mais les commandes commencent à affluer.
Les 600 milliards de plan de défense commencent à ruisseler.
Et ce montant d'investissement bénéficie même d'un effet de levier, car les banques accompagnent le mouvement avec des crédits pour les entreprises concernées.

Et une première surprise
Une bonne surprise.
On craignait que l'impact de ces commandes soit limité pour l'Allemagne et qu'elles bénéficient massivement à l'industrie de la défense américaine.
Selon Bloomberg, les entreprises allemandes de la défense en bénéficient largement.
Et, point important, de nombreuses entreprises qui n'avaient pas d'activité défense se sont partiellement reconverties pour devenir fournisseurs du secteur. C'est le cas d'entreprises du secteur automobile.

Rappelons que
Ce plan défense de 600 milliards d'euros, qui sera déployé sur trois ans, vient s'ajouter à un plan de relance par l'infrastructure de 500 milliards d'euros.
De quoi booster la croissance allemande de plus de 0,5 % par an.
Et lui permettre enfin de sortir de la récession.
L'impact sur la croissance de la zone euro sera également positif, mais limité.

Les commandes à l'industrie
Ont déjà progressé de 7,4 % entre novembre et janvier.
Et ce n'est que le début.
La guerre en Ukraine qui n'en finit pas, ainsi que la guerre en Iran, vont pousser l'Allemagne à accélérer encore son réarmement.
Un moyen de relancer son économie.

Pour recevoir la newsletter de Marc tous les jours, inscrivez vous ici ! 

Dividende exceptionnel pour Bolloré 💥 

Un rendement spot de 34% qui nous permet de monter en taille de capitalisation pour cette semaine, et d'accueillir Bolloré dans notre Pulse. 

La société a annoncé 1,50 € de dividende exceptionnel pour un titre qui cotait autour de 4,40 € la veille de l'annonce. Le marché a répondu sans attendre : le titre a bondi de près de 13% dans la séance du 18 mars, prenant la tête du SBF 120. 

La mécanique est pour une fois simple à comprendre avec la société. En 2022 et 2024, Bolloré a cédé successivement Bolloré Africa Logistics puis Bolloré Logistics pour un montant global d'environ 10 Md€ — deux cessions majeures qui ont transformé le groupe en une holding assise sur un matelas de liquidités sans emploi visible. Faute de réinvestissement significatif depuis, le trésor de guerre s'est accumulé patiemment : 5,6 Md€ de trésorerie nette à fin 2025.

Le conseil d'administration a finalement tranché : 4,2 Md€ seront redistribués aux actionnaires en numéraire. Versement prévu le 25 juin. Une annonce à laquelle peu d'analystes et d'observateurs s'attendaient. 

Le contexte opérationnel 2025 est tout de même plus contrasté : un chiffre d'affaires en recul de 9%, pénalisé par la baisse des cours de l'énergie, un résultat net en fort recul par rapport à 2024 — mais l'exercice précédent était dopé par une plus-value de cession de 3,6 milliards. Ce qui compte structurellement, c'est l'EBITDA qui ressort à 286 M€ contre 1 M€ en 2024, porté par les bonnes performances des participations médias : UMG en hausse de 8%, et Canal+, Havas, Louis Hachette désormais intégrés sur l'ensemble de l'exercice pour la première fois. Le portefeuille de participations cotées prend forme.

La machine à dividendes ne s'arrête pas là : la Compagnie de l'Odet, qui détient 71% de Bolloré, a déjà annoncé son intention de reverser à son tour au moins les deux tiers du dividende exceptionnel reçu. La structure en millefeuille Bolloré fonctionne dans les deux sens.

ESN - Tous dans le même panier ? 💻 

Cap sur les trois small caps ESN qui ont publié cette semaine, dans un marché toujours heurté où la visibilité reste un luxe. Entre normalisation de la demande, marges sous pression et premiers signaux de reprise, ces publications offrent un bon baromètre de la micro‑dynamique du secteur.

Aubay 🚀signe une fin 2025 solide mais contrastée, avec un chiffre d’affaires de 601,7 M€ (+11,4%, dont +1,2% organique). La marge opérationnelle d’activité s’effrite légèrement à 9,1% (vs 9,2% en 2024) mais ressort au‑dessus de la guidance (8,5–9,0%). Ce qui marque surtout, c’est la guidance 2026, nettement plus ambitieuse et signe d’une visibilité retrouvée. La direction vise un CA de 676–690 M€, soit +12% à +15% publié et +3% à +5% organique, contre 0–3% annoncé un an plus tôt. La marge opérationnelle d’activité est attendue entre 9,0% et 9,5%, au‑dessus de la fourchette initiale 2025 (8–9%).

Infotel 🧭 publie des résultats 2025 solides mais sans véritable traction, avec un chiffre d’affaires de 294 M€ (‑0,3%) et un ROC en hausse de +8,4% à 24,7 M€, maintenant une marge opérationnelle stable à 8,4%. La trésorerie reste très robuste à 109,6 M€, sans dette, ce qui interroge sur son futur emploi dans un contexte de croissance organique limitée. Le plan stratégique 2030 apporte un premier éclairage : Infotel vise 500 M€ de CA et 10% de marge, un changement d’échelle ambitieux reposant sur un mix équilibré croissance organique/ croissance externe. L’absence de guidance 2026 laisse toutefois le marché dans l’attente d’un signal clair sur le redémarrage post‑2025 et sur le rythme d’exécution du plan.

Et la semaine dernière si vous l’avez râté, Sword 🗡️a signé une publication 2025 très solide, confirmant ses estimations : 357,7 M€ de CA (+12,3% organique), marge EBITDA 12%, EBIT 35,4 M€ (MOC 9,9%) et un RN de 22,5 M€, au‑dessus de nos attentes. La dynamique reste tirée par UK/US et l’Offshore, tandis que le backlog atteint un record à 704,5 M€ (+10% QoQ). Structure financière renforcée (dette nette 28,2 M€) malgré les acquisitions. Sword réitère pour 2026 une croissance organique de +12% et 12% de marge EBITDA, soutenue par l’IA, la cybersécurité et un pipeline robuste.

NVIDIA voit toujours plus grand et le marché des puces aussi🚀

Jensen Huang a encore relevé la barre. Le patron de Nvidia estime désormais que l’opportunité de revenus liée aux puces d’intelligence artificielle pourrait dépasser 1 000 milliards de dollars d’ici 2027, contre 500 milliards évoqués auparavant. Ce relèvement ne repose pas seulement sur l’euphorie ambiante, il traduit surtout la montée en puissance de l’inference, c’est-à-dire la phase où les modèles d’IA tournent en conditions réelles, à grande échelle, pour répondre, générer, traduire ou automatiser.

Le message de Nvidia est limpide, la prochaine bataille ne se joue plus seulement dans l’entraînement des modèles, mais dans leur usage industriel massif. C’est précisément là que le groupe veut consolider son avance, avec ses puces Blackwell et Rubin, tout en élargissant son offre autour du calcul, du réseau et des architectures hybrides. En relevant ainsi son estimation, Jensen Huang ne vend pas seulement un horizon. Il rappelle que, dans l’IA, la taille du marché grossit presque aussi vite que les besoins en calcul.

©Reuters

📷 France Libre met le cap sur le grand chantier naval

© Gonzalo Fuentes, Reuters

Emmanuel Macron a officiellement dévoilé le nom du futur porte-avions français, France Libre, appelé à succéder au Charles de Gaulle à l’horizon 2038. Derrière le symbole gaullien, il y a surtout un programme industriel hors norme : un navire de 310 mètres, à propulsion nucléaire, estimé à 10,2 milliards d’euros selon les chiffres officiels, même si certaines évaluations industrielles évoquent déjà une facture plus lourde.

L’enjeu dépasse largement le baptême présidentiel. Le chantier mobilise plus de 800 entreprises et devrait représenter jusqu’à 14 000 emplois, avec en moyenne 8 800 salariés mobilisés entre 2026 et 2038. Autrement dit, le France Libre n’est pas seulement un instrument de souveraineté militaire, c’est aussi un paquebot budgétaire et industriel.

Dans un pays où l’on aime les grands symboles, ce porte-avions coche toutes les cases : mémoire, puissance, emploi, réarmement. Reste désormais à tenir le calendrier et, surtout, la facture.

menuchevron-downcross-circle