Les Très Petites Entreprises sont souvent présentées comme la colonne vertébrale de l’économie française. En réalité, elles en sont surtout le capteur le plus sensible. Et en 2025, ce capteur s’est emballé.
L’enquête annuelle du Syndicat des Indépendants, menée auprès de 1 679 dirigeants entre le 29 décembre 2025 et le 5 janvier 2026, ne décrit pas une simple mauvaise passe conjoncturelle. Elle met en lumière une rupture profonde du modèle économique de l’indépendance. Une rupture silencieuse, diffuse, mais désormais systémique.
Le dirigeant, dernière variable d’ajustement
Premier constat, et sans doute le plus préoccupant : la survie de l’entreprise repose désormais sur la paupérisation de son dirigeant.
En 2025, le chef d’entreprise n’est plus seulement un entrepreneur. Il devient la variable d’ajustement ultime d’un système devenu intenable.
Un dirigeant sur trois se verse moins de 1 000 euros nets par mois, pour un temps de travail moyen de 50 heures hebdomadaires. Plus de 53 % vivent sous le seuil du SMIC. La promesse implicite de l’indépendance — liberté, autonomie, niveau de vie décent — ne tient plus.
Cette réalité sociale se traduit mécaniquement dans l’état d’esprit des dirigeants : 96 % expriment aujourd’hui un sentiment négatif, en hausse de 8 points sur un an. Fatigue, colère, découragement dominent. L’énergie est toujours là, mais elle est mobilisée pour tenir, plus pour vivre.

Sur le plan économique, la photographie est tout aussi brutale.
56 % des TPE enregistrent une baisse de chiffre d’affaires, mais le vrai point de bascule se situe ailleurs : dans la disparition de la valeur ajoutée.
62 % constatent une érosion de leur marge nette, conséquence directe d’une hausse structurelle des charges (énergie, matières premières, loyers, charges sociales) que la clientèle ne peut plus absorber. L’activité existe encore, mais elle ne crée plus suffisamment de richesse pour financer son propre fonctionnement.
La trésorerie devient mécaniquement le talon d’Achille : 62 % des dirigeants déclarent des difficultés, parfois limitées, parfois critiques. Dans ce contexte, le financement bancaire n’est plus un levier mais un frein.
Près d’un quart des chefs d’entreprise renoncent par avance à solliciter un crédit, par anticipation d’un refus. Cette autocensure financière est un signal faible devenu fort : la confiance dans la capacité à investir s’érode.

À ces fragilités économiques s’ajoute une pression opérationnelle croissante.
La promesse de simplification administrative reste largement théorique. 62 % des dirigeants estiment que la complexité réglementaire est un frein majeur, et près de six sur dix y consacrent plus de cinq heures par semaine.
La généralisation de la facturation électronique cristallise les tensions : 52 % la perçoivent comme une contrainte supplémentaire, anxiogène, coûteuse, et déconnectée de leurs priorités immédiates.
Parallèlement, l’insécurité s’impose comme une nouvelle charge d’exploitation.
69 % des commerçants et artisans constatent une hausse des incivilités, entraînant baisse de fréquentation, investissements de protection et parfois projets de déménagement. Le coût annuel de ces mesures oscille entre 1 000 et 6 000 euros par entreprise.
Dans ce contexte, 87 % des dirigeants déclarent ne pas se sentir soutenus par les pouvoirs publics.
2026 – Le risque d’un renoncement entrepreneurial
Les perspectives pour 2026 dessinent un scénario de repli généralisé.
82 % des TPE n’envisagent aucun recrutement, le poids des charges sociales et l’incertitude fiscale rendant toute projection hasardeuse. L’emploi local, déjà fragile, se fige.
Plus inquiétant encore, 21 % des dirigeants envisagent une cessation d’activité dès le premier trimestre 2026. Il ne s’agit pas uniquement de faillites, mais souvent de décisions rationnelles face à une équation devenue insoluble.
Pour 38 % d’entre eux, l’objectif est désormais clair : redevenir salarié, retrouver une stabilité, une protection sociale, et sortir d’une spirale d’épuisement.
Un signal faible devenu alarme
2025 n’est pas une mauvaise année de plus. C’est un point de bascule.
Les TPE continuent de travailler, mais ne vivent plus de leur travail. Elles absorbent les chocs économiques, administratifs et sociaux jusqu’à l’épuisement de leurs dirigeants.
Sans cap politique clair, sans allègement significatif des contraintes structurelles, c’est le socle même de l’économie de proximité qui risque de se fissurer durablement.
Et avec lui, une part essentielle de la vitalité économique, sociale et territoriale du pays.
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