Comment les comptes de Facebook ont secoué Wall Street… jusqu’à nos small caps ?
Imaginez : votre voisin vous demande de financer l’agrandissement de sa maison. Vous payez, mais vous n’aurez jamais de double des clés. C’est, en gros, ce que Meta vient de proposer aux marchés. Et le choc s’est ressenti jusqu’à Paris.
- Le bon élève qui dépense plus qu’il ne gagne
Mercredi 21 octobre, Meta publie des résultats qui, à première vue, cochent toutes les cases : 64,6 Md$ de chiffre d’affaires, +26 % sur un an. Mais un chiffre fait tiquer les investisseurs. Pour la première fois depuis plus de dix ans, le free cash-flow, c’est-à-dire l’argent qui reste une fois les investissements payés, est négatif : −2,1 Md$. La faute à l’IA. Data centers, puces, serveurs : Meta a investi 34,9 Md$ en un trimestre, plus que les 32,8 Md$ de cash générés par son activité. Et il prévoit jusqu’à 145 Md$ d’investissements sur l’année.
Payez, mais ne votez pas
Pour boucher le trou, Meta sort une idée surprenante : créer en janvier 2027 des actions « classe C »… sans droit de vote. Lundi, le groupe a précisé ses intentions : une première levée de 35 Md$, puis un programme d’environ 60 Md$ l’an prochain. Près de 95 Md$ au total. Pendant ce temps, Mark Zuckerberg conserve environ 60 % des droits de vote avec seulement 13 % du capital. Le revirement est total : sur les neuf premiers mois de 2025, Meta avait racheté pour 26 Md$ de ses propres actions. En 2026, c’est l’actionnaire qui passe à la caisse.
- Un éternuement à Menlo Park…
Le marché n’a pas apprécié. Jeudi 22 octobre, l’action Meta a perdu 7 %, soit environ 125 Md$ effacés en une séance. Et l’inquiétude s’est propagée à toute la planète IA : le Nasdaq a reculé de 2,6 %, sa pire journée depuis juin, et l’indice des semi-conducteurs a plongé de 6,7 %. Le raisonnement des investisseurs est simple : si même Meta, l’une des entreprises les plus rentables du monde, doit faire appel à ses actionnaires pour financer l’IA, jusqu’où peut aller cette course aux dépenses ?
- … une grippe à Paris
Soitec n’a aucun lien commercial direct avec Meta. Mais le spécialiste des substrats pour semi-conducteurs s’est imposé en 2026 comme l’une des principales valeurs françaises associées au thème de l’IA, notamment grâce à ses matériaux destinés à la photonique, utilisée pour les interconnexions optiques des data centers. Ce positionnement explique en grande partie la hausse de plus de 400 % du titre depuis janvier. Il en fait aussi un baromètre du sentiment des investisseurs envers le secteur. Déjà fragilisé par le repli des semi-conducteurs à la mi-octobre, Soitec a cédé 9,8 % le jour de la chute de Meta et recule d’environ 25 % depuis le début du mois.
Le phénomène dépasse ce seul cas. Pour les small et mid caps exposées à l’IA, la valorisation dépend autant des anticipations sur les budgets des géants américains du cloud que de leurs propres fondamentaux. Lorsque ces anticipations se dégradent, la correction est généralement plus marquée sur ces valeurs moins liquides. Prochain test le 29 octobre, avec les résultats annuels de 2CRSi, spécialiste strasbourgeois des serveurs.
Notre grille de lecture : ne regardez plus seulement la croissance. Regardez qui paie la facture, et avec quel argent.