PME et IPO en France : l’impossible réconciliation ?

Thomas Hornus, associé chez Euroland Corporate
3 février 2026

C’est un constat sans appel : l’année 2025 restera dans les annales comme une des plus mauvaise année pour le financement par la bourse des PME et ETI (cf. « Une chute vertigineuse » : pourquoi les PME boudent la Bourse | Les Echos du 27 janvier 2026).

Avec seulement 64 millions d’euros levés sur Euronext Growth dans le cadre d’IPO, il faut remonter à la crise de 2008 pour retrouver un niveau d’activité aussi faible. Pire, le marché principal Euronext n’a vu aucune IPO sur l’exercice.

Alors que la France multiplie les initiatives législatives pour renforcer son attractivité, comment expliquer que les entrepreneurs boudent à ce point la cote ?

Quand la quantité masque l’absence de levées

Au premier regard, le chiffre de 14 introductions sur Euronext Growth en 2025 pourrait sembler honorable. Mais la réalité est bien plus sombre : la dynamique n'est que partielle.

Les véritables introductions avec offre au public (IPO), celles qui témoignent de la capacité du marché à drainer de l'épargne vers l'économie réelle, se sont limitées à deux dossiers : Semco Technologies et Kaleon.

Le reste de l'activité est constitué de transferts techniques ou de cotations directes sans aucun appel de fonds. Ce phénomène s'explique par une concurrence frontale : celle du Private Equity.

Les fonds de capital-investissement disposent de liquidités abondantes et proposent des valorisations attractives, tout en épargnant aux dirigeants les contraintes (perçues comme telles) de transparence et les incertitudes de cours liées à la Bourse.

La transparence - Une barrière à l’entrée pour les PME ?

Pourquoi une PME choisirait-elle la contrainte boursière quand le financement privé lui tend les bras ? Pour certains émetteurs historiques, l’intérêt de la cotation peut devenir « limité » face au poids des démarches réglementaires qui coûtent plusieurs dizaines de milliers d'euros par an sans réel bénéfice immédiat sur le cours.

D'autres, font l'amère expérience de la volatilité des marchés. Malgré des levées de fonds réussies, elles subissent une désaffection des investisseurs, voyant leurs cours s'effondrer malgré l'atteinte de leur objectifs opérationnels, ce qui les rend encline à se retirer de la cote.

Cette « maltraitance » par le marché refroidit naturellement les candidats, d'autant que le processus d'introduction reste complexe, s'étalant sur au moins six mois avec un prospectus d'enregistrement qui ne cesse de s'épaissir malgré les diverses initiatives qui commencent à émerger.

Un paradoxe - Moins d’IPO, mais de meilleure qualité

Néanmoins, au milieu de ce sombre tableau, des signaux positifs émergent. Paradoxalement, si les IPO sont rares, elles n'ont jamais été aussi plébiscitées. L'introduction de Semco en est la preuve éclatante, avec une demande sept fois supérieure à l'offre.

La raison ? Une sélection naturelle s'est opérée. On ne confond plus, semble-t-il, la Bourse et le capital-risque. Les profils qui rejoignent Euronext Growth aujourd'hui sont plus matures, rentables et affichent une performance opérationnelle solide. Ce passage sous les fourches caudines du régulateur est vécu par des dirigeants comme un exercice de maturité imposant une clarification fine du projet à long terme.

Les résultats boursiers parlent d'eux-mêmes : sur les 24 derniers mois, les nouveaux entrants affichent une progression moyenne de 165 %. Le cas de STIF, dont le cours a bondi de plus de 700 % depuis son introduction en bourse fin 2023, démontre que la Bourse reste un accélérateur de valeur phénoménal pour les entreprises qui savent convaincre le public.

Pour les PME et ETI, la Bourse n’est pas une fin en soi, mais un levier stratégique. Une introduction bien préparée oblige à une rigueur accrue, une transparence renforcée et une clarification fine du projet à long terme. Elle offre un financement diversifié, une visibilité accrue et une crédibilité auprès des clients, partenaires et talents. Les performances récentes prouvent que les sociétés qui passent le cap peuvent créer de la valeur significative pour leurs actionnaires.

Evidemment, des freins persistent : procédures longues, coûts réglementaires, volatilité et concurrence du private equity. Pour relancer les IPO sur Euronext Growth, des mesures complémentaires sont nécessaires : simplification accrue des prospectus, incitations fiscales renforcées (PEA-PME étendu), et une communication financière plus proactive pour redonner confiance aux entrepreneurs.

Chez EuroLand Corporate, nous pensons que l'année 2025 a été celle d'une mutation profonde et nécessaire de notre marché et qu’elle a préparé le terrain pour un rebond fondé sur la qualité.

Pour les PME françaises, le message est clair : la porte de la Bourse est étroite, mais elle mène à des sommets de valorisation inaccessibles ailleurs, à condition d'y aller bien préparé.

EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 39 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.

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