SpaceX, IA, méga-levées. Les marchés ont-ils encore une limite ?

Raphaël Génin,CFA, analyste chez Euroland Corporate
24 juin 2026

Les marchés ont parfois besoin d’un symbole. En juin, ils l’ont trouvé avec SpaceX. L’entreprise d’Elon Musk a réalisé la plus grande introduction en bourse de l’histoire, avec 75 Mds$ d’actions initialement proposées aux investisseurs, puis plus de 85 Mds$ finalement levés après l’exercice de l’option de surallocation par les banques.

Le plus spectaculaire n’est peut-être même pas là. Dans ses premières séances cotées, l’action SpaceX s’est envolée de près de +50%, au point de dépasser temporairement la capitalisation d’Amazon (située autour de 2 500 Mds$). Le contraste est vertigineux et interroge sur la valorisation de ce champion de l’espace. En effet, en 2025, Space X a enregistré un chiffre d’affaires de 19 Mds$, contre plus de 700 Mds$ pour Amazon, le tout avec une rentabilité opérationnelle négative. 

Autrement dit, le marché ne valorise pas SpaceX pour sa taille actuelle, mais pour la place qu’elle pourrait occuper demain.

C’est précisément ce qui rend le dossier fascinant. SpaceX n’est plus seulement regardée comme une entreprise spatiale. Elle coche plusieurs cases qui font rêver les investisseurs. Les fusées, les satellites, Starlink, les infrastructures de données, l’intelligence artificielle et, bien sûr, Elon Musk. Le récit est puissant, presque parfait pour un marché à la recherche des champions de la prochaine décennie.

Mais SpaceX n’est pas un cas isolé. Depuis quelques semaines, les levées de fonds dans la tech et l’IA s’enchaînent à un rythme impressionnant. Près de 150 Mds$ auraient été levés en quelques jours par les grands noms du secteur, en actions comme en dette. Nvidia a placé 25 Mds$ d’obligations, avec plus de 85 milliards de dollars d’ordres. Anthropic aurait emprunté 35 Mds$ auprès de Blackstone et Apollo. Amazon, Alphabet, Meta ou Oracle ont eux aussi sollicité les investisseurs pour financer leurs besoins massifs.

Pourquoi un tel appétit ? Parce que la course à l’IA coûte très cher. Il faut acheter des puces, construire des centres de données, recruter les meilleurs talents, sécuriser de la puissance de calcul et rester dans le peloton de tête. Dans ce contexte, les marchés ne financent plus seulement des résultats actuels. Ils financent une place dans la prochaine révolution industrielle.

L'acquisition de Cursor par Space X illustre ce changement de dimension. Le rachat, valorisé 60 Mds$, a été réglé en actions, sans consommation immédiate de cash. Après son envolée boursière, le groupe dispose désormais d’une monnaie d’acquisition très puissante pour accélérer dans l’IA. Mais cette force dépend directement du niveau de confiance accordé par le marché.

C’est là que le retour récent de l’action vers 160$ (c.-20% sur 5 jours) mérite d’être suivi de près. La baisse ne remet pas forcément en cause l’histoire de long terme. Elle rappelle simplement une règle de base. Même les plus beaux récits doivent finir par justifier leur prix.

SpaceX résume parfaitement le moment de marché. Les investisseurs veulent être exposés à l’IA, aux infrastructures critiques et aux plateformes capables de dominer demain. Mais après l’euphorie initiale, une nouvelle phase commence. Celle où il faudra transformer la promesse en chiffres, la valorisation en résultats, et le rêve spatial en performance financière durable.


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